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lundi 22 août 2011

Ados: Mode d'emploi - 22ème et dernière partie

Epilogue : Un message pour vos ados

Qui ne se sent pas parfois démuni quand vient le temps de parler à son ado ! On veut lui communiquer un message d’espoir et les mots nous manquent souvent. En voici un qui pourrait rejoindre le vôtre.
·         C’est normal que tu te sentes parfois mal à l’aise à l’intérieur de toi.
·        C’est normal que tu ne comprennes pas tout ce qui t’arrive (entre autres, les changements d’humeur). Les changements viennent parfois si vite et sont si imprévisibles.
·         C’est normal aussi que certains jours, tu ne t’aimes pas et que tu trouves que les événements heureux n’arrivent qu’aux autres.
 
·        C’est normal que tu te sentes perdu avec tous les choix que la société te demande de faire (ton futur métier, les amis, la sexualité, les valeurs…). Tu as bcp de liberté (même si tu trouves que tu n’en as pas assez) et tu ne trouves pas toujours sur ta route des guides solides qui peuvent éclairer tes choix.
·         C’est vrai que c’est parfois frustrant d’avoir des parents qui continuent de penser qu’on n’est pas assez grand pour mener sa vie tout seul alors que toi, tu crois que tu en serais capable. C’est tentant de penser que ce serait préférable si tes parents te laissaient faire tout ce que tu veux.
·         Tu découvres que le monde n’est pas parfait, que les adultes non plus ne sont pas parfaits. C’est vrai.
·        Tu dois souvent te sentir incompris par le monde des adultes et c’est normal. C’est vrai qu’il est parfois tentant de chercher et de trouver des moyens pour échapper à ce monde.
·        Comment échapper à ce monde ? En fuyant ce qui est contrariant, en abandonnant l’école, en consommant de l’alcool, des drogues, en fuyant la famille et même peut-être en pensant au suicide ? Tu sais pertinemment que ces moyens ne t’aideront pas à régler tes problèmes, mais qu’ils les atténuent pour un certain temps. Gare aux fausses solutions, gare aux solutions extrêmes, gare aux solutions qui créent d’autres problèmes.
·         L’important, c’est de ne pas t’isoler avec tes problèmes, c’est d’en parler à des personnes en qui tu as confiance et qui représentent quelque chose de positif pour toi.
·         L’important, c’est de te rendre compte que tu n’es pas tout seul à te poser ces questions et que d’autres avant toi l’ont fait et s’en sont sortis.
·         L’important, c’est peut-être d’en parler à un adulte qui ne te semble pas trop dépassé. Ou d’écrire ce qui ne va pas et de te confier à un journal.
·         L’important, c’est de ta garder actif, de pratiquer des sports, d’avoir des activités culturelles (musique, danse, théâtre), un emploi à temps partiel, de faire partie de regroupements de jeune qui veulent améliorer le monde. Souviens-toi que tu peux apporter bcp aux autres.
·        Considère plutôt comme un atout que comme un encombrement le fait que tes parents t’interdisent encore certaines choses et te demandent encore des comptes. Tu serais déçu d’avoir des parents qui te laissent tomber. Rappelle-toi que tu peux changer d’amis, mais pas de parents.
·         Prends garde au « tout le monde le fait ». Peut-être que cela ne te convient pas.
·         Méfie-toi des marchands de solutions faciles.
·         Enfin, n’oublie pas que certains adultes peuvent être hostiles à ton égard sans que cela signifie que tous les adultes sont contre toi. Regarde dans ton entourage et trouve ceux et celles qui t’apprécient.24 Mars 2009

Ados: Mode d'emploi - 21ème partie

Conclusion
L’adolescence est une étape déterminante dans le développement. C’est l’occasion pour le jeune d’accentuer ses différences par rapport aux parents et de devenir de plus en plus singulier. Il traverse une période de profonde découverte de lui-même, il apprend à se connaître et à se reconnaître. Il a encore besoin de vous et il a autant besoin que vous lui mettiez des balises que de faire ses propres expériences.
Avant tout, il a besoin que vous l’acceptiez tel qu’il est, avec ses beaux côtés… et les autres qui vous plaisent moins… mais qui plaisent probablement à d’autres. Si l’adolescence est l’occasion pour les jeunes de faire le deuil de vous comme parent idéal, c’est aussi l’occasion pour vous de faire le deuil du jeune idéal : celui qui devrait faire ou être ce que vous n’avez pas su faire ou être.
Votre adolescent est à une étape de la vie où, d’habitude, on ne s’aime pas tellement. Les jeunes ont alors besoin que vous leur disiez ce que vous pensez d’eux et de ce qu’ils accomplissent, tout en leur laissant une certaine liberté de vivre leurs propres expériences et d’exprimer leurs opinions. Il est important de ne pas confondre « contestation » et « manque de respect ».
Lorsque vous sentez que la relation est très tendue avec votre jeune, demandez-vous d’abord si voter attitude, à force de « vouloir son bien », ne se résume pas à le blâmer. Rappelez-vous qu’en critiquant constamment son apparence extérieure, vous vous enlevez des chances d’avoir accès à sa vie intérieure.
Votre ado a besoin que vous compreniez que ses amis comptent bcp pour lui. Il ne doit pas se sentir coupable de l’importance qu’il leur accorde. Plus vous chercherez à le retenir, à lui faire choisir la famille plutôt que les amis, plus vous l’inciterez à fuir et récolterez de l’aigreur. Si vous voulez garder contact avec lui, montrez-lui que vous acceptez la place que les amis occupent dans sa vie. En respectant ses amis, c’est lui que vous respectez.
Evitez la surprotection, c’est-à-dire d’être, avec les meilleures intentions du monde, un parent assommant avec sa « montagne » de conseils.
Rappelez-vous que vous ne pouvez éviter à votre ado toutes les difficultés et toutes les souffrances de la vie, et qu’il peut grandir grâce à chacune de ces expériences. Ne vous en mettez pas trop sur le dos, cela ne vous aide pas et ne l’aide pas non plus. Il a besoin que vous sachiez qu’il n’est pas encore un adulte et que subsiste en lui une part d’enfant qu’il n’est pas surprenant de voir réapparaître de temps en temps.
Votre adolescent tentera de vous faire croire qu’il est déjà un adulte accompli. Ne vous laissez pas berner par ces paroles et acceptez qu’il régresse parfois, afin de pouvoir aller de nouveau vers l’avant.
Evitez le chantage émotif. Les phrases comme « Tu vas me faire faire une dépression » n’influencent pas vraiment le jeune, même si cela peut l’impressionner sur une courte période. Rappelez-vous qu’il existe un langage des conséquences qui a bcp plus d’impact sur lui et qui saura autrement plus le déranger que votre menace de dépression.
Rappelez-vous qu’il n’est pas nécessaire d’être un super-parent, un parent qui sait tout, qui ne commet ni erreur, ni injustice, et qui va au-delà de ses limites. Être humain, c’est avoir des limites et en tenir compte. N’ayez pas peur de dire à votre jeune : « Les ressources affectives et matérielles que je peux te donner sont limitées. »
Prenez soin de vous. N‘attendez pas que votre ado le fasse à votre place. Prenez le temps de vous oxygéner en dehors de la famille, comme parents, comme couple, comme personne ; refaites le plein d’énergie et, ainsi, vous vous rendrez compte que la terre continue de tourner malgré des difficultés qui vous semblaient insurmontables.
En une phrase, on peut dire que le défi du parent face à l’adolescent, c’est d’être ouvert, authentique et protecteur sans être étouffant.
14 Mars 2009

Ados: Mode d'emploi - 20ème partie

Démarches de l’approche Tough Love afin de provoquer un changement
Inventorier les problèmes. Les parents procèdent, par écrit, à un inventaire des problèmes vécus avec leur jeune. Ils sont invités à se concentrer sur un comportement qu’ils ne veulent plus tolérer. Cela peut consister à lui dire : « Dorénavant, je ne m’occuperai que des vêtements que tu auras mis au lavage. Si tu oublies de le faire, tu devras t’en passer jusqu’au prochain lavage. » Ou « Tu feras alors toi-même ton lavage. »
Prendre position. Les parents s’engagent à signifier clairement à leur jeune qu’ils ne fermeront plus les yeux sur un comportement devenu inacceptable. Exemple : « Je ne tolérerai plus que tu ne respects pas les heures de rentrée convenues. » Ce premier objectif fait évidemment partie d’un objectif à plus long terme qui est de se faire respecter par le jeune comme personne et comme parent.
Fixer des limites. Le parent doit indiquer à son jeune les conséquences auxquelles il s’expose s’il ne se soumet pas à une demande aussi légitime. Il est bon de se rappeler que la conséquence à utiliser est toujours celle qui touche davantage le jeune.
Faire un plan d’action et un plan de suivi. Avant de passer à l’action, il est important que le parent anticipe la réaction de son jeune qui refusera probablement de changer son comportement. Il faut s’attendre à ce que le jeune fasse tout pour décourager son parent d’introduire un tel changement, le percevant d’abord comme une frustration. Est-il nécessaire de rappeler qu’il connaît bien les points faibles du parent ?
Le parent doit donc prévoir cette résistance, demeurer ferme et convaincu de la légitimité de sa demande, ainsi que de son droit à instaurer dans la maison un climat exempt de comportements irresponsables de son jeune. S’il y a résistance, il doit surtout persister à imposer les pénalités prévues dans le plan d’action élaboré pour introduire le changement souhaité. Il doit évidemment éviter le plus possible la colère et les sermons lorsque le jeune commet de nouveau les comportements indésirables.
Nous savons que bcp de parents répugnent à imposer des conséquences. Et lorsqu’ils le font, c’est souvent de la colère qu’ils ressentent et qu’ils manifestent. Ils croient à tort que leur colère incitera le jeune à ne pas reproduire le comportement indésirable et leur évitera de donner une conséquence. Paradoxalement, le fait de céder à la colère enlève l’impact au langage des conséquences. Quant aux sermons, le jeune en a ras-le-bol depuis longtemps et il ne les écoute même plus.
Par la suite, le parent évalue régulièrement l’impact de son action en se rappelant qu’un premier petit changement réussi laisse entrevoir la possibilité d’un deuxième. Quand le jeune se rend compte que le parent est réellement déterminé à exiger certains changements, il accepte de le faire et constate aussi les retombées positives dans sa relation avec lui.
Dans une démarche de changement, il est indispensable que les parents en perte d’autorité aillent chercher le soutien d’un groupe d’entraide ou d’un professionnel compétent. Le groupe d’entraide, dirigé par une personne qualifiée, représente une formule « gagnante », puisqu’il permet aux participants de sortir de leur isolement, d’échanger, de dédramatiser leur situation, de trouver le soutien tant recherché et de voir le problème sous un nouvel angle. Il faut bien se rappeler que les jeunes trouvent dans leur groupe d’ami le soutien dont ils ont besoin pour traverser l’adolescence. Pourquoi les parents n’en feraient-ils pas autant ? De plus, on retrouve habituellement dans ces groupes une dose d’humour indispensable pour franchir cette étape.
03 Mars 2009

Ados: Mode d'emploi - 19ème partie

Des principes d’éducation différents
Dans les années 80, quelques mouvements se sont développés pour renverser la tendance à une trop grande permissivité dans l’éducation. Le mouvement Tough Love est de ceux là. Nous le prenons en exemple parce qu’il fut l’un des premiers et que sa popularité témoignait d’un désir de retour à des valeurs plus « traditionnelles » dans la façon d’éduquer les enfants et, surtout, les adolescents. Tout comme notre approche thérapeutique familiale auprès des parents d’ados, notre approche de groupe s’est inspirée de plusieurs principes du mouvement Tough Love. Le chapitre qui suit énumère ces principes ainsi que l’usage personnel que nous en avons fait.
Le contexte historique
Au cours des années 80, le mouvement Tough Love a connu une grande popularité en Amérique du Nord. Il avait été créé par un couple de psychologues, Phyllis et David York qui, au départ, avaient adhéré aux principes de la non-frustration et de l’écoute maximum des besoins de leurs enfants. Ils se sont retrouvés avec des ados complètement irresponsables et face auxquels ils étaient en réelle perte d’autorité. Ils avaient essayé les médecines traditionnelles, la patience, la compréhension, la communication, les pleurs, la colère, les psychotropes, les psychothérapies… sans succès. Leurs jeunes continuaient de les manipuler, de faire la loi, bref, de se conduire de façon irresponsable.
C’est pourquoi, avec l’aide d’autres parents en perte d’autorité, ils ont revue ne profondeur leur façon d’éduquer leurs enfants. Ensemble, ils ont élaboré une série de principes auxquels ont adhéré par la suite de nombreux groupes d’entraide en Amérique du Nord.
Bien que cette approche ait parfois l’effet de rendre encore plus cassants certains parents déjà rigides, elle en aide d’autres à acquérir des attitudes nettement plus saines avec leurs jeunes.
Premier principe : les problèmes familiaux ont des racines culturelles. Ce n’est pas par hasard que nombre de parents ont aujourd’hui de la difficulté à assumer leur rôle d’éducateur. La société est permissive et, en même temps, elle engendre de nouveaux courants de pensée en psychologie qui ont leur influence sur les parents. Plutôt que d’exercer l’autorité, ceux-ci se plient aux tendances qui règnent sur le plan social et privilégient à outrance l’écoute et le dialogue.
Ce premier principe met bien en lumière le fait que les parents n’éduquent pas leurs enfants en vase clos et que, au même titre que les autres éducateurs, ils sont influencés par les valeurs qui voient le jour dans notre société.
Les ados aussi subissent l’influence des normes culturelles de leur environnement sur plusieurs plans (loisirs, usage de drogue, relations sexuelles, vêtements, langage, activités délinquantes…). Ces influences sont combinées aux effets d’une éducation basée sur la permissivité et soutenues par les théories de la non-directivité, tant en milieu familial qu’en milieu scolaire. Les parents qui ont perdu le contrôle sur leurs jeunes ont donc tout intérêt à adopter une autre perspective comme éducateurs.
Deuxième principe : les parents sont aussi des êtres humains. Depuis les années 80, on a bcp insisté sur les devoirs des parents. Conditionnés par une culture centrée sur l’enfant, qui valorise la communication, l’initiative, l’expression des sentiments, et qui incite les adultes à donner aux jeunes ce qu’ils n’ont jamais eu, les parents se plient le plus souvent aux seuls désirs de leurs enfants, niant ainsi l’existence de leurs propres sentiments, de leurs propres besoins.        
Les parents doivent prendre conscience qu’ils n’ont pas que des devoirs, mais qu’ils sont aussi des personnes, des êtres humains avec des droits : le droit de savoir où est leur jeune, le droit de dormir la nuit, le droit de sa faire parler avec respect…
Ce principe justifie pleinement le genre d’intervention suivante, qu’un peut parent peut très bien faire auprès de son jeune : « Avant de te donner l’autorisation d’aller à cette soirée avec tes amis, je veux savoir l’endroit précis où tu seras, avec qui, s’il y aura la présence d’adultes responsables avec qui je pourrai communiquer, par quel moyen tu reviendras de cette activité et avec qui… ? Y aura-t-il consommation d’alcool ? Avez-vous un chauffeur désigné pour vous ramener en toute sécurité ? A quelle heure comptes-tu rentrer ? » ou « Voici l’heure à laquelle je te demande de rentrer. » Quand au respect dans le langage et les gestes, il est exigible en tout temps.
Troisième principe : il y a des limites aux capacités matérielles et émotives des parents. Notre société laisse croire aux jeunes qu’ils vivent dans une société d’abondance et qu’il n’y a pas de limites aux biens matériels qu’ils peuvent demander de leurs parents. Ces derniers, souvent par peur de déplaire ou pour acheter la paix, sont parfois tentés de dépasser leurs limites financières. Sur le plan émotif, c’est la même chose. Ce n’est pas vrai qu’un parent est toujours disposé à écouter son jeune au moment où lui, le jeune, est prêt. Les parents auraient avantage à être plus transparents autant dans leurs limites matérielles qu’affectives. L’approche Tough Love invite les parents à légitimer leurs propres sentiments, à donner à leur jeune, mais aussi à exiger en retour.
Concernant l’achat d’un vêtement, un parent peut dire à son jeune : « Ecoute, je reconnais que tu as besoin de nouveaux souliers. Cependant, le montant que je peux y consacrer est limité. Si tu tiens à t’acheter des souliers à la dernière mode, tu dois assumer la différence de prix. »
Dans un autre domaine : « Je sais que tu ressens le besoin de me parler de ce que tu as vécu aujourd’hui et que tu veux le faire tout de suite. Je ne suis malheureusement pas disponible pour t^’écouter maintenant et le faire vraiment. Que dirais-tu si on reprenait cette discussion plus tard ce soir ou demain ? » Il vaut mieux remettre à plus tard une discussion importante que de la bâcler en faisant semblant d’écouter et de donner une permission ou un avis que nous regretterions. Certains ados sont spécialisés dans l’art de coincer le parent dans le temps, en invoquant une urgence, dans l’espoir d’obtenir une réponse favorable, particulièrement sur une question où il ressent la réticence du parent à accorder une telle permission. Par exemple, l’ado demande à la dernière minute, sur le point de partir : « Est-ce que je peux rester dormir chez mon ami ? » Si telle est la situation, nous suggérons au parent de répondre à peu près ceci : « La permission que tu me demandes exiges réflexion et je dois en parler avec ton père. Si tu veux absolument une réponse immédiate, ce sera « non ».  Si tu me donnes le temps d’y réfléchir, il y a des chances que ce soit « oui », mais pas assurément. Je ne veux pas discuter de ce genre de choses sous pression. Si cette question est vraiment importante pour, à l’avenir, parle m’en à l’avance. Alors, quelle réponse préfères-tu ? » Avec une telle attitude, vous avez toutes les chances que votre ado ne vous coince plus par des demandes de dernière minute.
Quatrième principe : parents et enfants ne sont pas égaux. L’approche Tough Love affirme haut et clair qu’il y a effectivement « deux poids deux mesures » dans le statut des membres de la famille. Les parents ont une responsabilité d’éducateurs que les enfants n’ont pas et cette responsabilité est assortie de plusieurs devoirs auxquels ils ne peuvent échapper. C’est comme sur un navire ; capitaine et matelots sont égaux en dignité, mais leurs rôles sont différents.
Aucune démonstration logique ne réussira à satisfaire un jeune qui doit rentrer tôt le soir alors que ses parents peuvent rentrer plus tard. Cependant, les parents se doivent de l’exiger lorsqu’ils le jugent à propos. L’argument final est simple : « C’est parce que je suis ton père/ta mère que je suis en droit de l’exiger ou de le refuser. Point final ! » Evidemment, vous avez compris que c’est une carte à utiliser à bon escient et  après avoir échoué en donnant des explications au jeune.
Cinquième principe : le fait de blâmer entretient un sentiment d’impuissance. Quand on se sent victime et qu’on se perçoit comme impuissant à réagir, on est portés naturellement à blâmer les autres ou soi-même pour ce qui arrive. Or le blâme paralyse :
·         On peut s’en vouloir et se blâmer d’avoir été un parent trop absent, trop permissif.
·         On peut mettre l’accent sur le manque de discipline de l’école et blâmer celle-ci
·         On peut accuser les autorités policières et même la magistrature de protéger les criminels et les revendeurs de drogue.
·         On peut blâmer les médias de diffuser de la violence, du sexe…
Le blâme peut nous occuper bcp et nous fournit une bonne excuse pour ne pas être productif.
En fait, l’approche Tough Love ne cherche pas à nier que des parents ont eu un comportement abusif, négligent ou déficient. Elle les invite plutôt à mettre le passé en perspective, à accepter les faits tels qu’ils sont, à accepter ce qui a pu faire mal, à arrêter de se culpabiliser et à aller de l’avant. Elle ne donne pas l’absolution, mais elle transforme le sentiment de culpabilité en un sentiment de responsabilité. Ainsi, les parents deviennent des adultes responsables et capables d’aider leur jeune à devenir aussi un adulte responsable, qui fait des choix de comportement dont il peut assumer les conséquences.
Situation qui arrive fréquemment : le jeune se plaint de l’attitude ou du sort qui lui est réservé à l’école. Lorsqu’un jeune se plaint de l’attitude d’un ou plusieurs professeurs à son égard, certains parents se rendent sans tarder devant l’enseignant pour défendre leur jeune. Or il serait plus sage de lui dire : « J’entends ce que tu me dis, que tu te sens injustement traité. J’ai cependant besoin d’entendre la version de ton professeur pour me faire une idée juste sur ce qui s’est passé. Nous en reparlerons par la suite. » Il est dangereux de saper l’autorité de l’école en présence du jeune. N’oublions pas que l’école est un prolongement de l’autorité parentale. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait jamais d’injustice d’un maître à l’égard d’un élève, mais il faut tout de même avoir en main l’ensemble des éléments d’une situation avant de s’en faire une idée et de monter aux barricades.
Sixièmes principe : le comportement des enfants influence celui des parents et vice-versa. La société est prompte à jeter systématiquement le blâme sur les parents des jeunes en difficulté, et dans une certaine mesure, cela est compréhensible, mais on oublie trop souvent que chaque membre d’une famille exerce une influence sur les autres, le jeune aussi bien que l’adulte.  Ce jeune n’est pas seulement « victime », il a aussi une part de responsabilité dans les impasses familiales, bien que cette part soit moins grande que celle des parents.
Par exemple, un jeune dont les parents ont de la difficulté à ne pas céder à son chantage et à son harcèlement n’est pas responsable du fait que ses parents ont peur de lui déplaire ou craignent ses crises. Par contre, il a une responsabilité dans « l’usure » de ses parents, par l’intensité du harcèlement qu’il leur fait subir.
Septième principe : le fait de prendre position provoque une crise. Bcp de parents en perte d’autorité hésitent à changer de comportement face à leur jeune. Ils ont souvent le sentiment qu’il est trop tard. Ils se sentent coincés dans des situations qu’ils ne savent pas dénouer. D’autant plus que, s’ils connaissent leur jeune, ce dernier aussi connaît ses parents et sait comment obtenir d’eux ce qu’il désire, souvent par manipulation. Les jeunes connaissent le maillon faible chez leurs parents. Les menaces de révolte, de fugue ou même de suicide font partie des moyens utilisés pour désarmer les parents. En fait, ces derniers croient qu’en cherchant à reprendre le contrôle, ils provoqueront une véritable crise ; or les parents en perte d’autorité ont souvent tout fait pour éviter des crises de leur jeune. Ils ont de la difficulté à voir qu’ils vivent déjà des crises à leur détriment.
Prendre une nouvelle position face à un comportement inacceptable provoque presque à coup sûr une crise, mais cette fois, l’issue risque d’être positive. Il vaut mieux provoquer une crise que de la subir, tel doit être le leitmotiv du changement.
Par exemple, un parent doit dire à son jeune : « Jusqu’ici, il m’est souvent arrivé de justifier tes absences à l’école simplement parce que tu ne t’es pas levé à temps ou que tu n’avais pas terminé un travail à remettre. Dorénavant, je ne justifierai plus tes absences sans raison valable et tu devras vivre avec les conséquences que l’école prévoit pour ce type de comportement. Tu auras à t’expliquer toi-même auprès de la direction. » Ces parents ont alors grand besoin d’être soutenus par un professionnel ou par d’autres parents afin d’affronter et de désamorcer la peur qui les empêcherait de procéder à un tel changement d’attitude.
Huitième principe : une crise bien contrôlée entraîne un changement positif. Les parents doivent accepter que leur changement d’attitude provoquera une crise, mais que celle-ci est « positive » parce qu’elle vise à rendre le jeune responsable de ses comportements et à lui faire vivre les conséquences de ses actes. C’est seulement s’ils sont conscients de cela qu’ils peuvent prendre un tel tournant. Ils mettent alors le jeune face aux conséquences de son comportement irresponsable. Souvent, cette position est plus difficile à tenir, sur le plan émotif, pour les parents que pour le jeune. Il est donc important de les encourager à persister dans le virage qu’ils viennent de prendre.
21 Février 2009

Ados: Mode d'emploi - 18ème partie

Des suggestions au chapitre des conséquences
Nombreux sont les ados qui tentent de convaincre leurs parents que le langage des conséquences est dépassé et qu’il s’agit d’une forme de chantage dont ils ne veulent plus. Il est approprié de leur rappeler que dans la plupart des domaines de la vie sociale, même les adultes vivent sous le règne des conséquences. Une contravention suite à une infraction au code de la route constitue une conséquence. Pourquoi les ados seraient-ils exempts d’une telle logique ?
Voici quelques suggestions de conséquences. Comme vous pourrez le constater, il y en a qui conviennent à des ados de 12 à 14 ans et d’autres à des ados plus âgés. Vous n’êtes pas obligés d’être en accord avec toutes, mais toutes peuvent être utiles. Il est bon de se rappeler que la plupart des ados tiennent pour acquis ce dont ils bénéficient : activités, autorisations, privilèges. Le langage des conséquences est efficace parce qu’il leur rappelle que rien n’est définitivement acquis si leur comportement devient irresponsable.

Retrait d’objets pour un certain temps ou modification temporaire de leur utilisation
·         Bicyclette (restreindre ou interdire son usage pour une certaine période). A notre avis, il ne sert à rien de commencer en confisquant la bicyclette pour une longue période. Commencez par une ou deux journées et vérifiez l’effet de cette conséquence sur le comportement de votre jeune. Si la leçon ne porte pas de fruit, vous pouvez allonger la période de confiscation.
·         Système de son ou baladeur (walkman). Ici on procède de la même façon que pour la bicyclette.
·         Téléphone : soit le retirer de sa chambre, soit l’interdire pour un temps ou en limiter l’accès à certains moments fixer les appels… Combien de parents sont exaspérés par le nombre incroyable d’appels téléphoniques que leur jeune reçoit à l’heure des repas. Nous suggérons à ces parents d’indiquer clairement à leur jeune une période de temps pendant laquelle ils ne peuvent recevoir des appels téléphonique et d’offrir au jeune le choix suivant : « Tu préviens tes amis de cette règle ou tu préfères que je le fasse moi-même ? » Le jeune préférera sûrement le faire lui-même !
·         L’argent de poche : le couper ou le réduire. Nbre de jeunes sont très sensibles à cette conséquence. Ne dit-on pas que « l’argent est le nerf de la guerre » ? Il convient ici d’attirer votre attention sur un piège dans lequel tombent plusieurs parents qui consiste à rétribuer financièrement chaque service rendu. Parents et ados perdent alors de vue le sens de la participation gratuite à l’effort familial. Il importe plutôt de passer le message suivant au jeune : « Nous voulons t’aider à apprendre comment utiliser l’argent et nous sommes aussi conscients que tu as des besoins financiers. A chaque semaine, nous te donnerons un montant fixe. En retour, nous attendons de toi que tu nous rendes certains services et que tu sois responsable des tâches qui te reviennent (ranger ta chambre, certains travaux ménagers qui concernent l’organisation de notre famille…). Cependant, cette allocation peut être révisée à la baisse ou à la hausse s’il y a des changements significatifs dans ta collaboration et les efforts fournis. »
·         Limiter ou interdire l’accès à l’ordinateur, aux jeux vidéo, à Internet. Ces années-ci, ce moyen paraît particulièrement efficace.

Retrait de permissions ou modification des ententes habituelles
·         Les sorties (heure de sortie retardée ou heure de rentrée devancée). Connaissant l’empressement des jeunes à aller retrouver leurs amis, soulignons qu’il peut être très dérangent pour eux de se voir imposer une heure de sortie plus tardive après le souper.
·         Permission de recevoir ses amis pour passer la soirée à la maison.
·         Permission d’aller coucher chez un ami ou de recevoir à coucher.
·         Modification de l’heure du coucher.

Retrait de privilèges
·         Cesser de laver les vêtements de votre jeune qui ne range pas sa chambre ou qui ne met pas ses vêtements au lavage…
·         Ne pas lui prêter l’auto de la famille. Encore là, plusieurs jeunes ont tendance à considérer que, parce qu’ils ont un permis de conduire, l’usage de l’auto familiale leur revient en priorité. Il est bon de leur rappeler qu’ils jouissent d’un grand privilège et que c’est une grande marque de confiance qui leur est accordée. Par conséquent, ils doivent avoir un comportement qui le mérite.
·         Ne plus véhiculer votre jeune. Voilà un moyen très puissant de faire réfléchir un jeune sur son comportement. Comment se fait-il que tant de parents à qui le jeune manque totalement de respect sur le plan du langage par exemple, continuent de le véhiculer pour qu’il puisse participer à toutes sortes d’activités ?
·         Confisquer les clés de la maison. Cette conséquence est particulièrement pertinente lorsque l’ado utilise la maison familiale de façon irresponsable (par exemple lorsqu’il organise une fête sans demander de permission et qu’il y a des dégâts). Le jeune comprend alors que la maison ne lui appartient pas en propre et que son usage doit être empreint de respect envers les personnes et les objets.

Arrêt d’agir
·         Retrait dans sa chambre. Il s’agit là d’une mesure qui fait vraiment réfléchir, à condition évidemment que les parents aient suffisamment d’autorité pour l’imposer. Encore une fois, la période de retrait ne doit pas nécessairement être très longue. Elle est particulièrement indiquée lorsque l’échange verbal entre parents et ado monte en intensité. Cette « pause » aide chacun à retrouver son sang froid. Cette pénalité porte du fruit surtout quand elle est suivie d’un retour sur ce qui l’a motivé et sur le comportement souhaité à l’avenir.
·         Mise à la porte temporaire (quelques minutes ou plus) lorsqu’il y a un comportement perturbateur, irrespectueux ou violent. Exemple : obliger deux frères ou sœurs qui se querellent constamment en votre présence à aller poursuivre leur querelle dehors pendant 10mn. Habituellement, quand les jeunes n’ont plus de spectateurs, ils prennent bcp moins de plaisir à se quereller !
·         Gestes ultimes : faire appel à la police ou au service de la protection de la jeunesse si vous avez perdu le contrôle de la situation. Les parents hésitent bcp à utiliser ces soutiens sociaux de l’autorité parentale, mais l’expérience démontre que c’est une bonne façon de se redonner du pouvoir comme parent, si on l’a pratiquement perdu.

Associer un privilège à un comportement exigé
On peut souvent inciter un jeune à avoir un comportement responsable en y associant un privilège ou qqch qu’il désire obtenir. C’est ce qu’on appelle communément un renforcement positif. En voici deux exemples :
·         « Tu pourras regarder la TV quand tu auras fait tes devoirs. »
·         « Tu pourras sortir le vendredi soir dès que tu auras remis ta chambre en ordre. »

Report de promesse
·         « Je ne peux te donner ce que je t’avais promis, car tu n’as pas fait ce que je t’ai demandé. A toi de décider quand tu veux l’avoir. » Il ne s’agit pas ici de manquer à une promesse, mais de signifier clairement au jeune qu’il ne peut tout avoir sans rien donner en retour. C’est la loi du donnant-donnant, que plusieurs parents oublient.

Comme on le voit, il y a place pour bcp de créativité. Faites marcher votre imagination.
09 Février 2009

Ados: Mode d'emploi - 17ème partie

Les droits et devoirs des parents
A la fin des années 1970, une Loi sur la protection de la jeunesse a été voté au Québec en raison du vide juridique existant par rapports aux droits explicites de l’enfant. La publicité gouvernementale rappelait alors que « les jeunes ont leurs droits ». Vers la fin des années 80, on entait que de plus en plus de jeunes se comportaient comme s’ils étaient les seuls à avoir des droits. On a alors senti qu’on avait besoin de corriger le tir en émettant le slogan suivant : « Les jeunes ont des droits, les autres aussi. » On avait laissé sous silence les droits des parents, laissant entendre que ceux-ci n’avaient que des obligations envers leurs enfants. Or, il est bien clair que les parents ont des devoirs ET des droits.
A une époque où les jeunes veulent gérer leur vie assez tôt, bcp de parents se demandent s’ils ont encore le droit d’exercer un certain contrôle sur leurs allées et venues. Leur enfant leur envoie le message suivant : « Ce sont mes amis, c’est ma vie, tu n’as pas un mot à dire. »
Le Code Civile du Québec, révisé en 1994, établit les droits et devoirs des parents comme suit :
Les pères et mère ont à l’égard de leur enfant le droit et le devoir de garde, de surveillance et d’éducation : ils doivent nourrir et entretenir leur enfant (article 599 C.C.Q.)
Le langage des conséquences : éléments essentiel de la discipline
Il est important de bien comprendre que le langage des conséquences doit survenir après l’échec du langage tout court. Quand un parent fait des demandes légitimes et répétées à son ado et que ce dernier n’en tient pas compte, il faut alors parler autrement :
Voici donc quelques conseils sur l’utilisation du langage des conséquences :
·         Identifier, d’abord pour soi, le comportement qui est inacceptable et qui ne sera plus accepté, puis le nommer et le dénoncer en présence du jeune. Etre le plus précis et concret possible.  Cela oblige le parent à établir sa ligne d’acceptation et de refus. Il doit expliquer succinctement et clairement ce qui le dérange dans ce comportement. Ici, le « je » permet d’exprimer ce qu’un tel comportement provoque sur le plan affectif. Il faut toujours se rappeler qu’on ne peut tout changer en même temps. Il vaut mieux choisir un premier changement et le réussir avant de passer à un autre.
·         Annoncer une conséquence le plus possible en rapport avec le comportement inacceptable. Plus la conséquence suit de près l’événement ou le comportement inacceptable, plus elle est efficace.
·         Lorsqu’il y a « infraction », rappeler ce qui avait été annoncé : « Tu te rappelles ce que je t’avais dit à ce sujet ? » Si le jeune feint de ne pas se souvenir, il faut le lui rappeler de nouveau et de façon succincte, puis donner la conséquence en précisant quand elle entrera en vigueur, comment et combien de temps elle durera.
Ces consignes valent autant pour un comportement à décourager que pour un comportement qu’on veut voir apparaître.
Les conditions qui favorisent l’efficacité du langage des conséquences
·         Ressentir assez de frustration pour avoir la ferme volonté d’en finir avec un comportement. Bon nbre de parents ont constaté que le jour où ils décident qu’ils ne tolèrent plus un comportement irritant ou inacceptable, leur jeune, comme par magie, comprend le message et change son comportement. Que s’est-il passé ? Simplement que les parents ont exprimé TRES CLAIREMENT leur exaspération. Que faut-il en conclure à propos des comportements qui irritent les parents et qui se répètent ? A notre avis, les parents ne prennent pas suffisamment au sérieux leur propre frustration et ne se décident donc pas à agir.
·         Etre cohérent et régulier dans l’administration des conséquences : passer de la parole aux actes.
·         Ne pas décider d’une conséquence sous le coup de la colère : si on est trop en colère, on peut annoncer qu’il y aura une conséquence, mais qu’elle sera précisée plus tard. Habituellement, cela a déjà l’effet d’une conséquence.
·         Ne pas commencer par des conséquences trop lourdes. Il sera toujours temps d’y venir. La conséquence doit rester proportionnelle à la « faute ».
·         Ne pas trop hypothéquer l’avenir par des conséquences lointaines. Idéalement, la conséquence doit être rapidement exécutée pour que l’on puisse recommencer régulièrement à neuf ; sinon, tout le monde se décourage, le jeune comme les parents.
·         Rappeler au jeune que nous continuons de l’aimer même si nous lui donnons une conséquence. C’est le comportement qu’on veut éliminer, pas le jeune !
·         Choisir une conséquence en lien avec le geste reproché, chaque fois que c’est possible. Par exemple, s’il s’agit d’une rentrée trop tardive, il serait logique de donner une conséquence comme ravancer l’heure de rentrée lors de la prochaine sortie. S’il s’agit plutôt d’un manque de respect sur le plan du langage, il faut penser à une conséquence en lien avec ce manquement.
·         Eviter d’humilier le jeune en réglant en public des conflits qui ne regardent que vous deux.
·         Choisir une conséquence qui ne soit pas un fardeau trop lourd à gérer pour le parent.
·         Ne pas annoncer une conséquence qui engage l’autre parent sans s’assurer de son accord et de sa coopération.
·         Se rappeler que la conséquence qui a le plus d’impact est celle qui dérange votre jeune, celle qui crée un inconfort. On peut parfois demander l’avis du jeune sur ce que mérite son comportement. On a souvent des surprises face à ces suggestions. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le jeune propose souvent des conséquences bcp plus lourdes que ce qu’on aurait imaginé. Par ailleurs, certains proposent ce qui les dérange le moins. Se rappeler que c’est le parent qui décide de la conséquence et non le jeune.
·         Un rappel important : le langage des conséquences remplace le sermon, aussi frustrant que cela puisse être pour certains parents !
·         Une crise bien contrôlée
06 Février 2009

Ados: Mode d'emploi - 16ème partie

Qu’est-ce que la discipline ?
Les dictionnaires nous apprennent que la discipline est « l’ensemble des règles de conduite qui permettent à une collectivité de vivre dans le bon ordre ». Bcp de parents rêvent que leur enfant s’autodiscipline. Est-ce réaliste d’espérer qu’un enfant s’autodiscipline spontanément sans qu’on l’ait d’abord discipliné ? L’enfant n’a pas tendance naturellement à courir après l’effort, à vouloir se dépasser, à faire des choses qui ne lui plaisent pas. Exigez peu de qqn, même d’un adulte, et il vous donnera le minimum. Exigez bcp, il vous donnera davantage. La complaisance entraîne la médiocrité.
Nous avons parfois tendance à prendre les enfants pour de petits adultes : « Il va finir par comprendre ». Or, vous avez toutes les chances d’être épuisés avant qu’ils aient compris par eux-mêmes. Pourtant, il est normal d’exiger d’eux qu’ils fassent des choses, même s’ils ne comprennent pas tout de suite les tenants et les aboutissants d’un comportement à adopter ou d’une action à accomplir. Le but de la discipline, ce n’est pas de narguer ou de rabaisser, mais de permettre à l’enfant de grandir, d’apprendre, de se dépasser, et aux parents de mener à terme leur tâche de parents sans y laisser leur peau !
La politesse et le savoir-vivre font partie de la discipline
La politesse est une façon de civiliser nos instincts. C’est un grand service à rendre à un enfant que de lui enseigner les règles de conduite minimales pour vivre en société. La politesse, ce n’est pas d’apprendre à se taire, mais c’est d’arriver à tout dire de façon acceptable et civilisée. C’est aussi une façon d’endiguer l’irrespect et la violence qu’on retrouve malheureusement déjà dans les centres de la petite enfance, dans les garderies et dans de nombreuses écoles primaires.
Il en est de même pour le savoir-vivre. Comment un enfant peut-il savoir comment on se comporte à table ou comment on aborde qqn si on ne le lui montre pas ? Pour intégrer une discipline personnelle, il faut d’abord en avoir appris une. Plus tard, à l’adolescence et à l’âge adulte, chacun peut faire les choix qui lui conviennent, mais pas avant !
Les qualités d’une règle
Qui dit « discipline » dit « règles à suivre ». Une règle doit avoir 4 qualités principales :
·         Une règle doit être connue net claire. Bcp de parents croient à tort que les enfants connaissent clairement les attentes qu’ils ont par rapport à certains comportements. Ne craignez pas de trop expliquer la règle, même s’il n’en comprend pas vraiment le pourquoi.
·         Une règle doit être cohérente. Ici, il faut faire attention, car il peut y avoir plusieurs écueils. Lorsqu’il y a deux parents pour élever l’enfant, ils doivent clarifier leurs différences respectives par rapport à l’éducation : aucun ne doit tenir pour acquis que l’autre voit les choses de la même façon que lui ou elle. Ce qui est important pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Il faut donc s’entendre sur ce que nous voulons exiger de nos enfants. C’est une question de cohérence parentale. Et pour y arriver, il faut se préparer à mettre de l’eau dans son vin. Chacun des deux parents et chaque enfant en sortiront gagnants : « Je t’appuie sur un aspect qui m’apparaît moins important et tu fais de même pour moi. » Si vous ne parvenez pas à cette entente avant l’adolescence, il se peut que la famille éprouver alors beaucoup de difficultés, même si elle a fonctionné tant bien que mal jusque là. Les ados excellent à détecter et à refléter les contradictions et les incohérences de leurs parents, afin de se faufiler entre eux et même de les placer en situation de conflit.
S’il n’y a qu’un parent, celui-ci doit également arriver à détecter ses contradictions entre ce qu’il exige des enfants et ses propres attitudes et comportements.
·         Une règle doit être constante. Ici, on ne parle pas de perfection, car il y a aussi des jours où l’adulte éprouve de la difficulté à être persévérant et constant. Toutefois, il y a un minimum de constance à sauvegarder dans les règles, sinon tout le monde s’y perd.
·         Une règle doit être associée à une conséquence lorsqu’il y a une infraction répétée. De nombreux parents hésitent à pénaliser leur enfant ou ne savent pas trop comment s’y prendre, craignant souvent de paraître méchant s’ils le faisaient. Or, il faut savoir qu’une règle sans conséquences est inutile. Dans notre société, tout règlement non suivi comporte une pénalité. Pourquoi en serait-il autrement dans cette petite société qu’est la famille ?
Aucune famille ne peut se passer de règles. Les enfants ne peuvent apprendre à vivre la liberté de façon vraiment responsable s’ils sont sans balises, sans réelle discipline. Il y a sûrement peu d’enfants qui remercient leurs parents de leur dire non, d’exiger d’eux qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, de ne pas être complaisants quand ils ont un rendement médiocre par rapport à leurs capacités. Cependant, il se peut que les remerciements arrivent quand ils auront grandi ; mais mieux vaut ne pas avoir trop d’attentes à ce sujet et accepter de ne pas toujours être populaire auprès des jeunes.
Vous devez donc accepter de provoquer des tempêtes par des non que vous sentez devoir dire. Cela met en évidence la nécessité que vous ayez d’autres sources d’affection et de gratification que vos enfants ; sinon il se peut qu’à l’adolescence vous traversiez un désert affectif et que vous soyez en manque d’estime de vous-mêmes.  De façon générale, les ados ne sont pas la population qui contribue le plus à élever le niveau de votre estime de soi.
De façon schématique, voici les attitudes susceptibles d’être profitables et celles qui peuvent nuire à l’éducation de vos enfants :
Ce qui aide les jeunes
Avoir des positions bien arrêtées tout en restant ouvert. Les ados apprécient que vous ayez des positions bien arrêtées sur la vie de famille et les valeurs que vous véhiculez, même s’ils semblent les rejeter. Cependant, ils apprécient également que vous vous montriez ouvert et capable d’entendre leur point de vue.
Être ferme sans être rigide. Plusieurs parents confondent fermeté et rigidité dans l’application des règles. On peut pardonner un ou deux écarts, mais pas dix ! C’est tout un art que d’arriver à démêler ces deux attitudes fort différentes ; pour y arriver, on fonctionne par essais et erreurs…
Eviter le blâme et la violence rancunière (les factures cachées). Nbre de parents sont dépassés par certains comportements de leur jeune, qu’ils jugent inacceptables. Ils ne font que le blâmer et le charger systématiquement de ce que nous appelons une violence rancunière. Quand des parents dépassent leurs limites et accumulent des frustrations. Ils préparent souvent des factures cachées qui se traduisent de la manière suivante : « Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu devrais être plus reconnaissant. » Ce genre de blâme survient quand on a gardé le silence sur plusieurs comportements répréhensibles et que, sans réagit, on a laissé enfreindre des règles connues. Souvent, le jeune n’est même pas conscient de toutes ces occasions où le parent a été trop tolérant.
Eviter le harcèlement en rabâchant constamment les erreurs du passé. Quand on a commis une erreur et payé son dû, on aime bien ne pas se la faire rappeler constamment. Su ce point, les ados ne sont pas différents des adultes. Ils veulent avoir une deuxième chance. Dans la vie de famille, certains parents ont tendance à insister sur les erreurs de leur jeune et à les lui rappeler souvent, en croyant à tort que cela va empêcher le jeune de les commettre à nouveau. Cela ne mène nulle part et, en dépit de l’intention contraire du parent, cela augmente les chances de récidive. Nous voulons tous que l’ardoise de nos erreurs soit effacée. Il vaut mieux regarder le présent que le passé et le pardon réel a bien meilleur goût. Les jeunes apprécient qu’on efface régulièrement l’ardoise.
Dire non quand il le faut. Cela peut sembler élémentaire, mais il s’agit ici d’une attitude incontournable qui aide les jeunes ; même s’il est fort possible qu’à court terme, ils soient déçus ou choqués.
Entendre les questions qui se cachent derrière certaines affirmations des jeunes. Quand un jeune dit à son parent qu’il ne fera pas ce qu’on exige de lui (par exemple, rentrer à une heure fixée par le parent),  il y a la plupart du temps derrière cette affirmation une interrogation cachée qui pourrait se formuler comme suit : « Que feras-tu ? Que m’arrivera-t-il si je ne satisfais pas à ta demande ? » Bcp de parents restent bouche bée devant de telles prises de décision de la part de leur jeune (Exemple : « Je vais le faire quand même ! ») et ne disent rien. Qui ne dit mot consent, dit le dicton. Il est de première importance de répondre clairement au jeune : « Eh bien, si tu ne le fais pas, tu auras telle conséquence. » Vous pouvez être assuré que votre jeune y pensera deux fois avant de désobéir.
Ce qui n’aide pas les jeunes
La complaisance. Votre jeune sera peut-être satisfait à court terme si vous fermez les yeux sur un manque d’effort ou sur un résultat scolaire médiocre mais, au fond de lui, il sentira votre déception. Il s’attend à davantage de votre part si vous voulez qu’il ait du respect pour ce que vous êtes.
La démission. Les parents essoufflés ne devraient pas démissionner plus de 24h à la fois ! Si votre jeune sent que vous abandonnez la partie, que son éducation ne vous tient plus à cœur, il peut être tenté d’en faire davantage pour vous faire réagir. Par ailleurs, soyez assurés que dans cette situation son estime de lui-même est en chute libre. Démissionner ne fait que des perdants.
Le contrôle excessif. Pour que la vie à la maison soit possible et intéressante, vous avez des règles à fixer et à faire respecter, mais vous n’avez pas à contrôler tout ce que fait votre jeune. Heureusement d’ailleurs. Certains parents émettent des règles et sont très tatillons quant à leur exécution. Or, si votre jeune a bien compris l’esprit de la règle en question, c’est déjà bien. Fait-il des efforts pour s’y conformer, même imparfaitement ? Alors soyez patient, sans perdre de vue l’objectif à moyen terme. Ne lui demandez pas tout de suite la perfection et évitez l’attitude de celui qui tient à tout prix à le prendre en défaut sur les détails de moindre importance. De plus, vous n’avez pas à tout savoir sur ce que votre jeune pense ou fait. Lui aussi a droit à son jardin secret…
Croire qu’ils sont des adultes avant le temps. Certains parents sont portés à croire leur ado quand celui-ci leur dit qu’à 14, 15 ou 16 ans, il n’a pratiquement plus de comptes à leur rendre et qu’il est assez grand pour décider seul de son emploi du temps, des ses heures de rentrée, de ses fréquentations… Rien n’est plus faux.
28 Janvier 2009

Ados: Mode d'emploi - 15ème partie

Le syndrome de l’enfant omnipotent et du parent impuissant
Dans les familles où les parents abdiquent leur rôle d’autorité, l’enfant occupe de plus en plus d’espace, avec les années, et finit par dicter les règles du jeu. Cet enfant indiscipliné et tout-puissant devient lui-même victime de sa fausse liberté, victime de ses instincts.
A l’adolescence, on a le sentiment que le jeune occupe toute la place et que ce sont les parents qui sont en marge ou en attente. Comparons la vie de famille à un match de hockey ; il nous faut une patinoire, des règles de jeu, des joueurs et des zones réservées à chacun d’eux. A l’adolescence, on a le sentiment que le jeune occupe toute la patinoire et que les parents se retrouvent sur le banc des joueurs en punition ! Dans une famille dite normale, on s’attend à rencontrer des enfants qui demandent des permissions aux parents et des parents qui se sentent libres de dire « oui » ou « non » à ces demandes. Dans les familles de parents en perte d’autorité, on retrouve souvent la situation inverse : les parents, en raison du caractère colérique de l’enfant, en viennent à demander des permissions : permission de regarder leur émission de TV favorite, d’utiliser le téléphone lorsque ça fait deux heures que l’ado s’en sert, d’occuper le meilleur fauteuil du salon quand un des parents veut se détendre en arrivant du travail parce que l’ado l’occupe en permanence. De telles situations sont réelles et courantes et ne sont pas exagérées.
La liberté, ce n’est pas l’anarchie
Les enfants et surtout les ados revendiquent leur liberté, toujours plus de liberté. Cependant, liberté ne veut pas dire anarchie ; ce n’est pas non plus une absence de normes et de contraintes. La liberté peut devenir une tyrannie si elle n’est pas enchâssée.
La liberté est le bien le plus précieux, mais elle ne vaut rien si elle est sans limites. Cela devient même un élément destructeur. La vraie liberté ne consiste pas à vivre sans limites, mais plutôt à être à l’aise avec ses limites et à apprendre à en tenir compte. La discipline, c’est justement un cadre que l’on met à la liberté, qui permet de ne pas se détruire en l’utilisant. « Eduquer, nous disent Gauthier et Jeffrey, c’est aussi limiter le sentiment de toute-puissance de l’enfant. Les limites vont blesser, frustrer, restreindre, mais elles vont aussi apaiser, calmer, contenir. Les limites, en sommes, permettent à l’enfant de se structurer. Il apprendra que les réactions pulsionnelles ne sont pas celles qui permettent de vivre harmonieusement avec les autres. »
La discipline : un ingrédient essentiel
Il y a deux pôles qui sont de première importance dans l’éducation : l’amour et l’encadrement que l’on traduit la plupart du temps dans le quotidien par le mot discipline.
Le rôle de parent comporte plusieurs volets. Le parent est :
·         Un dispensateur d’amour et d’affection ;
·         Un guide qui indique la route à suivre ;
·         Un modèle pour son enfant, nécessairement imparfait, mais exemple vivant qu’il cherche inconsciemment à imiter ou à contre-imiter une fois devenu adolescent ;
·         Un éducateur qui œuvre auprès de qqn complètement dépendant à sa naissance et qui devient le plus autonome possible.
Les ados ont tendance à se déclarer vite « assez grands pour » afin d’avoir le plus de liberté possible ; mais dans les faits, ils prennent leur autonomie complète de plus en plus tard dans la vie. Le film français Tanguy est une caricature vivante de ces jeunes adultes qui n’en finissent plus de coller à la cellule familiale au grand désespoir des parents. A ce sujet, notons que plusieurs parents hésitent à s’affirmer devant leur jeune adulte au sujet des règles de vie à maintenir à la maison.
Le parent a aussi un rôle d’autorité à assumer et il ne peut y échapper, même s’il le trouve souvent difficile, lourd et négatif. Être en autorité ne signifie nullement faire preuve de méchanceté ou être en colère. Il y a des parents en perte d’autorité qui ont vécu dans leur enfant ce avec des parents en perte de contrôle, impulsifs, excessifs, injustes dans leur rôle d’autorité. En réaction, ils veulent éviter à leur jeune de vivre ce qu’ils ont eux-mêmes vécu. Ce faisant, ils confondent autorité et colère, violence et agressivité.
Les expressions « autorité dans son domaine », « autorité en la matière » font référence au rôle de modèle et de guide. Une personne en autorité ne donne pas seulement des punitions et des amandes. Elle autorise aussi. Un parent qui exerce son contrôle d’autorité encadre les apprentissages. L’amour reste très vivant dans la relation parent-enfant lorsque le parent ne cède pas à tous les caprices de son jeune. Ce dernier est le premier à être déçu lorsqu’on ne lui fixe pas de normes.
11 Janvier 2009