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lundi 16 avril 2018

Thèse de Guy (38 et fin)

Conclusion

Aujourd’hui, nous pouvons trouver des dizaines, voire des centaines de livres écrits sur les sujets décrits dans cette section. Mais il y a quarante ans, quand les FJ ont démarré, beaucoup de ces aspects étaient inconnus ou oubliés dans le corps de Christ. Ils étaient révolutionnaires.  

Maintenant, certaines de ces dimensions sont largement acceptées dans de nombreuses églises, mais d’autres ne sont toujours pas très bien comprises ou mises en œuvre. J’étais à New York en 2011 pour le Sommet de la Fenêtre 4/14, et certains orateurs enseignaient sur la capacité spirituelle des enfants. Je m’ennuyais un peu, car nous vivions cela depuis plusieurs décennies. Mais lorsque j’ai vu la réaction de la plupart des participants pour qui c’était une révélation, je me suis demandé quel genre de travail nous avions fait en tant que ministère prophétique. Comme l’a dit un de nos responsables, «les FJ sont l’un des secrets les mieux gardés du monde.» Il y a plusieurs raisons pour cela que nous allons identifier dans le chapitre suivant.

Mais si les FJ sont toujours un ministère prophétique, si le manteau d’onction est toujours sur nos épaules, nous devons aussi nous poser la question: «Comment pouvons-nous démarrer de nouveaux aspects aujourd’hui? Comment pouvons-nous encore ouvrir le chemin demain?» Pour ceci, nous devons non seulement mieux communiquer les leçons et les expériences apprises lors de ces quarante dernières années, mais nous devons chercher la présence et la révélation de Dieu d’une manière renouvelée pour comprendre ce qu’il y a sur le cœur de notre Père pour notre monde aujourd’hui et comment nous pouvons réjouir son cœur. C’est le seul moyen pour nous de rester pertinents dans les années qui viennent et d’avoir notre part dans le prochain mouvement de Dieu.

vendredi 13 avril 2018

Thèse de Guy 37

 La famille spirituelle – Partenariat avec les églises locales

Nous croyons que le meilleur contexte pour former la prochaine génération se trouve au sein du contexte communautaire d’une famille spirituelle. Les activités FJ sont excellentes pour inspirer, motiver, apporter des temps forts et des révélations et mobiliser. Le partenariat avec les familles tend à assurer une continuité et une cohérence. Pourtant, les familles ne sont pas une fin en soi, et nos enfants ont besoin d’être régulièrement exposés à d’autres adultes de référence qui seront pour eux des modèles et des amis. Une famille spirituelle se trouvera la plupart du temps dans le contexte d’une communauté d’église locale, quelle que soit sa taille ou sa forme, ou dans une communauté de JEM où la dimension intergénérationnelle est intentionnellement nourrie et développée. Comme l’explique Mark de Vries,

Chaque adolescent chrétien a besoin d’une famille élargie d’adultes chrétiens – des adultes qui peuvent faire partie de la «grande nuée de témoins» qui l’encourage et le stimule. Et l’église devrait être le principal véhicule par lequel les adolescents sont exposés à des adultes qui constituent leur famille élargie en Christ.[1]

De Vries souligne le rôle vital que jouent de telles communautés dans le développement à long-terme de la maturité. Il définit une famille chrétienne élargie comme une «communauté de croyants qui affirment et encouragent la croissance vers la maturité chrétienne.»[2] Bien que le fait d’avoir un groupe de pairs avec lesquels vivre sa foi chrétienne soit important, les adolescents ont particulièrement besoin d’adultes qui peuvent offrir une structure cohérente et durable de maturité chrétienne. De Vries affirme qu’en dehors de la famille, l’église est peut-être la seule structure durable et constructive qu’il nous reste.

Seules l’église et la famille peuvent offrir une formation et un accompagnement chrétien de la naissance jusqu’à la vieillesse, et même jusqu’à la mort. Toutes les autres communautés (à l’exception, à de très rares occasions, des villages) sont essentiellement des structures qui rendent orphelins (par exemple les groupes para-ecclésiastiques, les écoles, les scouts et les groupes de jeunes). Les structures qui rendent orphelins offrent soutien et connexion aux gens seulement tant qu’ils correspondent à ce groupe ou à la classe d’âge de cette organisation particulière. De nombreuses structures qui rendent orphelin offrent aux adolescents une forte dynamique de soutien et d’implication. Mais en fin de compte, sans le soutien d’une structure d’accompagnement à long-terme, la vie d’une jeune adulte devient fragmentée et déracinée.[3]

De façon similaire, Ben Patterson argumente:

C’est une triste fait de vie que souvent plus le groupe de jeunes est fort dans l’église, plus profondément les jeunes de l’église vont s’y identifier, plus faibles seront les chances que ces mêmes jeunes restent dans l’église quand ils deviendront trop âgés pour le groupe de jeunes. Pourquoi? Parce que le groupe de jeunes est devenu un substitut à une participation à l’église. […] Quand les adolescents deviennent trop âgés pour le groupe de jeunes, ils deviennent aussi trop âgés pour ce qu’ils ont connu de l’église.[4]

De Vries conclut:

Quand les adolescents sont coupés de leur famille de soutien élargie, ils sont abandonnés à un environnement beaucoup moins sain de dépendance des pairs. Ce n’est pas une coïncidence de constater que la montée de la culture jeune centrée sur les pairs ait correspondu à une perte d’influence de la famille élargie.[5]

Ce qui est vrai pour les enfants et les adolescents l’est également pour nos responsables FJ tout autour du monde. L’ennemi cherche à isoler les gens. Le Seigneur nous parle très clairement que le fait de faire partie d’une famille spirituelle, d’une communauté, est obligatoire, non seulement pour le succès de notre ministère, mais pour la survie et l’épanouissement de nos propres vies et familles.

Pour cette raison, les FJ cherchent le partenariat avec les églises locales. Il y a quelques années, le Seigneur m’a parlé de sa vision et de ses valeurs pour les FJ. «Cette vision est la mienne. Ces valeurs sont des valeurs du Royaume. Ne les gardez pas prisonnières au sein des FJ ou de JEM, mais partagez-les gratuitement, répandez-les, car elles sont cruciales pour mon peuples dans différents contextes.»

Depuis des années maintenant, nous avons des groupes FJ à l’intérieur des églises locales. Ils ne sont pas forcément dirigés par des JEMiens, du moins pas par des gens qui font partie de JEM aujourd’hui. Ce sont ce que nous appelons des «groupes locaux». Ils font partie d’un réseau, d’un cercle d’influence plus large qui s’étend au-delà du contexte de JEM, et ils sont comme des antennes des FJ au sein des églises locales, promouvant les valeurs, la vision et les activités FJ. Ils sont comme de ponts entre JEM et les églises locales, et beaucoup des participants finissent par faire une EFD ou une autre école de l’Université des Nation. C’est une façon de voir la multiplication.

Chacun de ces groupes est indépendant de JEM légalement, spirituellement et financièrement. JEM/FJ offre une inspiration, une mobilisation et une formation, offrant des séminaires et des écoles, rassemblant les responsables, les encadrants et les participants de ces groupes locaux. Ces églises sont généralement très ouvertes à accueillir tout outil ou initiative des FJ qui peut être mise en œuvre dans leur propre contexte.  

Une fois de plus, la principale motivation est la continuité t l’intentionnalité. Lorsque les participants reçoivent le même ADN dans leur église locale que dans les FJ et dans leur famille biologique, il y a une cohérence et nous multiplions l’impact sur la jeune génération. En dehors des groupes locaux et des invitations à participer aux tournées missionnaires et aux camps, l’investissement des FJ au sein des églises locales est triple:

-      Stratégie de formation des classes d’âges et outils, avec du matériel comme Tilt! Préparation à l’adolescence, Minicell’ ou Patacell’.
-      Formation pour les parents et les familles pour devenir des familles de foi, qui aiment et servent Jésus en équipe et deviennent des sources de bénédiction pour les autres, par des séminaires, des camps famille…
-      Inspiration et stimulation pour la vie intergénérationnelle dans l’église rassemblée et dans les groupes de maison.

En tant que FJ, nous comprenons notre rôle comme prophétique. Nous sommes appelés à développer des choses nouvelles. Une fois ces choses testées et modélisées, notre responsabilité est de les transmettre plus loin dans le corps de Christ plus large. Si quelque chose ne peut pas être multiplié, nous devons nous poser la question de savoir si nous avons bien fait notre travail.

[1]. de Vries, Family-based Youth Ministry, p. 116.
[2]. Ibid., p. 116
[3]. Ibid., p. 116.
[4]. Ben Patterson, «The Plan for Youth Ministry Reformation,» Youthworker, Automne 1984, p. 60.
[5]. de Vries, Family-based Youth Ministry, p. 120.

lundi 9 avril 2018

Thèse de Guy 36




Un partenariat avec les familles



Les FJ sont aussi basés sur la famille. Ce n’est pas un ministère où les parents déposent leurs enfants et sous-traitent leurs responsabilités à des spécialistes. Les parents ont toujours été invités et de nombreuses familles ont participé ensemble à une tournée FJ. Notre verset fondamental est d’ailleurs Deutéronome 6:6-7:  



Les commandements que je te donne aujourd'hui seront dans ton cœur. Tu les répéteras à tes enfants; tu en parleras quand tu seras chez toi, quand tu seras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.



Eugene Roehlkepartain, chercheur au Search Institute, fait référence à une étude indiquant que le plus grand impact sur le développement de la foi des jeunes provient des activités familiales.



Les jeunes provenant de familles où la foi est discutée, qui participent à des prières ou des temps bibliques familiaux, et qui sont engagés ensemble dans des projets de service ont plus de chance d’avoir une foi mature que les jeunes dont les familles ne prennent part à aucune de ces activités.[1]



En fait, nous avons toujours déclaré que nos valeurs sont d’abord pour notre vie personnelle, pas juste pour nos activités de ministère. En investissant dans les familles, nous transmettons un ADN qui se poursuit dans la vie de famille bien après que l’activité soit terminée. Les valeurs FJ sont transformationnelles pour les familles alors que les parents apprennent à inclure leurs enfants dans l’écoute de la voix de Dieu à leur côté, dans la prière, dans l’adoration et dans le service, à faire une préparation du cœur avec eux, mais aussi à bâtir un esprit d’équipe en jouant, en discutant ou en se reposant ensemble.



Il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine. D’après le sondage Family Needs Survey,[2]



-         Plus de la moitié des parents disent que leur famille ne s’implique jamais ou que rarement dans un temps dévotionnel familial. Sur la minorité qui pratique une forme de culte familial, un quart admet que ces moments dévotionnels ne sont que sporadiques.  

-         Près de quarante pour-cent des parents ne discutent que rarement, voire jamais de questions spirituelles avec leurs enfants.  

-         Près d’un quart des parents ne prient que rarement, voire jamais avec leurs enfants; un autre quart ne prient avec eux qu’occasionnellement.



Timothy Paul Jones décrit cette approche du ministère auprès des familles comme «le processus visant à coordonner intentionnellement et avec persévérance la proclamation et les pratiques d’un ministère afin que les parents soient reconnus, formés et tenus pour responsables et premiers formateurs de disciples dans la vie de leurs enfants.»[3] Il ne s’agit pas d’un programme ou d’une activité particulière. Il s’agit d’un processus visant à équiper les parents pour qu’ils soient activement impliqués dans le discipulat de leur progéniture. Comme le déclare le pasteur David Prince,



Jésus a dit une fois à ses disciples: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu» (Matthieu 22:21). Ce qui était à César était indiqué par une image de l’empereur sur les pièces de monnaie; l’image de Dieu est imprimée sur nos enfants. En tant que berger de ma famille, je dois constamment redonner mes enfants à Dieu. Faire moins que cela consiste à prendre le ministère auprès des familles comme une autre de ces stratégies ou de ces programmes sans lendemain qui n’apportent que peu d’intérêt à long-terme dans l’église – si ce n’est pas du tout. Si aucune tentative n’est faite pour entrer en partenariat avec les parents et pour les équiper pour discipuler leurs enfants, les structures-mêmes du ministère qui semblent si fructueuses à l’extérieur vont saboter son efficacité authentique.[4]



L’auteur Rob Rienow souligne dans son livre Visionary Parenting,



Quel est le dessein de Dieu pour la famille? Dieu a créé la famille pour être un centre de formation de disciples! Il a créé votre famille pour être un centre de transformation spirituelle. C’est l’environnement principal où la foi et le caractère sont formés et façonnés. Dieu a créé votre famille afin que vous puissiez vous aider les uns les autres à l’aimer davantage. Vous êtes ensemble pour que vous puissiez vous aider mutuellement à découvrir Christ, à grandir ensemble en lui, et ensemble à faire une différence dans le monde pour lui.[5]



Ainsi il y a un lien évident entre ce que nous faisons dans les activités FJ et ce qui se passe dans la famille. Pas juste un lien, en fait. Nous pouvons parler de continuité. Pour cette raison, le fait d’investir dans les parents en les formant et en les équipant, en faisant de la place pour que des familles entières puissent s’impliquer, est quelque chose de central pour nous. Les FJ ne sont pas juste là pour discipuler et mobiliser les enfants et les adolescents. Ils sont aussi là pour mettre en mouvement des familles entières qui vont se percevoir comme des mini-EFD, des centres ou des équipes missionnaires, des maisons de prière pour les nations. Les FJ cherchent le partenariat avec les familles. Dans son ouvrage Family, the Forming Center, Marjorie J. Thompson explique que



Comme nous sommes nés ou adoptés dans des familles d’une sorte ou d’une autre, et parce que ces familles d’origine constituent le principal contexte de notre vie quotidienne et de nos relations pendant nos années les plus formatives, il semble raisonnable de conclure que la famille d’origine est le premier lieu de formation spirituelle. Pour le meilleur ou pour le pire, que ce soit intentionnellement au par défaut, c’est au sein de ces familles «données» qu’en tant qu’enfants nos cœurs et nos esprits sont premièrement façonnés. Nous y développons un sens d’identité et d’héritage; nous y apprenons des façons d’être en relation intime avec les autres; c’est ici que sont forgés nos idéaux, nos valeurs et nos habitudes, jour après jour, année après année.[6]



Elle ajoute:



Il est virtuellement impossible de surestimer l’importance de la famille dans le développement global d’un enfant. La formation basique du caractère et le développement de la personnalité qui se produit au sein du foyer couvre toutes les bases: physique, émotionnelle, mentale et spirituelle. Je crois que la dimension spirituelle de la vie humaine est la plus large, celle qui englobe le plus d’aspects, la sphère au sein de laquelle toutes les autres dimensions de la vie trouvent leur expression. Par conséquent, quelle que soit la formation qui prend place dans notre foyer, elle va inévitablement toucher nos vies spirituelles, pour le meilleur ou pour le pire. C’est pourquoi je crois que la famille, plus que n’importe quel autre contexte de vie, est le lieu fondamental de formation spirituelle pour les enfants.[7]



Robert Mulholland Jr., un érudit du Nouveau Testament, écrit pour sa part: 



La question n’est pas tant de savoir si oui ou non il faut entreprendre une formation spirituelle dans nos familles; la question est: dans quel genre de formation spirituelle sommes-nous impliqués? Sommes-nous de plus en plus rendus conformes au monde, ou sommes-nous de plus en plus rendus conformes à l’image de Christ?[8]



Mark de Vries s’accorde avec cette observation: 



Les pasteurs de jeunesse et les églises ne peuvent plus continuer à voir les parents comme des facteurs neutres dans leur ministère envers les adolescents. Les parents, par la façon dont ils élèvent leurs enfants, vont soit appuyer et renforcer notre ministère, soit le saboter.[9]



Le mot clé est intentionnalité. Comment pouvons-nous aider les familles à saisir la vision de leur importance critique, puis mettre en œuvre les implications pratiques de cette vision avec une plus grande intentionnalité? Les familles communiquent les valeurs et la vision de la foi de deux manières principales. La première est par les opportunités naturelles de la vie commune – des occasions qui caractérisent simplement le tissu relationnel de la vie de famille. La seconde est par des pratiques intentionnelles – des structures et des modèles simples mais spécifiques qui soutiennent le potentiel spirituel des familles de foi.



Marjorie Thompson compare les disciplines spirituelles à des outils de jardin. «La meilleure binette et le meilleur râteau ne peuvent pas garantir de bons fruits; ils ne peuvent qu’aider à créer des conditions optimales pour la croissance.»[10] Cependant, elle est très claire quand au fait



… que l’impact d’une famille soit constructif ou destructeur, il n’est pas ultime. Dans des cas où les familles n’ont offert aucun modèle de foi, ou quand le modèle de foi s’est révélé tordu, étroit ou superficiel, les individus ont souvent démontré un courage et une résilience remarquables pour surmonter leur héritage négatif.[11]







[1]. Eugene C. Roehlkepartain, The Teaching Church: Moving Christian Education to Center Stage (Nashville, TN: Abington, 1993), p. 170.

[2]. FamilyLife, Family Needs Survey: National Database: August 2008 (Little Rock, AK: FamilyLife Church and Pastor Relations Office, 2008). Ce sondage a soigneusement étudié les habitudes et les besoins des familles églisées aux USA. La série d’études qui s’est terminée en 2008 comprenait des données de près de quarante mille parents.  

[3]. Timothy Paul Jones, Family Ministry Field Guide: How your Church can Equip Parents to Make Disciples (Indianapolis, IN: Wesleyan Publishing House, 2011), Empl. 457, version Kindle.

[4]. David Prince, The Pastor’s Home as Paradigm for the Church’s Family Ministry, Prince on preaching, consulté le 10 avril 2015, http://www.davidprince.com/2014/05/27/pastors-home-paradigm-churchs-family-ministry/.

[5]. Rob Rienow, Visionary Parenting (Nashville, TN: Randall House, 2009), p. 9.

[6]. Marjorie J. Thompson, Family, the Forming Center (Nashville, TN: Upper Room Books, 1996), pp. 19-20.

[7]. Thompson, Family, the Forming Center, p. 20.

[8]. M. Robert Mulholland Jr., Shaped by the Word: The Power of Scripture in Spiritual Formation (Nashville, TN: Upper Room Books, 1985), p. 28.

[9]. de Vries, Family-based Youth Ministry, p. 86.

[10]. Thompson, Family, the Forming Center, p. 16.


[11]. Thompson, Family, the Forming Center, p. 12.

jeudi 29 mars 2018

Thèse de Guy 35


Une approche intergénérationnelle

Un des défis pour avoir une compréhension juste des FJ est son approche intergénérationnelle. C’est une de nos valeurs centrales et une de nos caractéristiques distinctives. Mais cela rend difficile de mettre notre ministère en boîte. Les FJ ne sont pas un ministère pour les enfants, ou pour les adolescents, ou pour les jeunes, ni même pour les familles… Nous croyons que cette approche intergénérationnelle est une force et une dimension dans laquelle le Seigneur nous a appelés à être pionniers.
James White définit une expérience intergénérationnelle comme «deux groupes d’âge (ou plus) dans une communauté religieuse qui apprennent/grandissent/vivent leur foi ensemble à travers des expériences communes, un apprentissage en parallèle, des occasions de contribution et un partage interactif.»[1]
Notre société aime étiqueter les choses ou les mettre en boîte pour généraliser et définir (et par conséquent réduire) leur valeur. Mais il y a de la puissance dans l’unité.[2] Réunir les générations ensemble dans l’unité pour aimer Dieu, écouter sa voix et lui obéir radicalement, c’est là tout les FJ. C’est plus difficile, cela peut être moins attractif pour certains qui ne souhaitent être qu’avec leurs pairs sans trop d’adultes ou de petits enfants autour d’eux, mais Dieu a béni cette approche générationnelle.
Nous la comparons à une flèche: les enfants et les adolescents représentent la pointe, les adultes la hampe et la génération plus âgée les plumes. Cette image se base sur les passages de Joël 3:1 et d’Actes 2:17: «Après cela, je déverserai mon Esprit sur tout être humain; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves, et vos jeunes gens des visions.» Chaque génération manifeste l’onction de Dieu différemment et le fait de les réunir est quelque chose de puissant! Les enfants et les adolescents ont cette onction prophétique et jouent un rôle majeur, mais pas tous seuls, séparés ou déconnectés des autres générations.
Bien sûr, le fait de garder les gens en classes d’âge est plus facile. Nous pouvons être plus pointus et efficaces dans l’évangélisation et dans certains aspects du discipulat. C’est moins désordonné et beaucoup plus simple à organiser. Mais que construisons-nous sur le long terme? La journaliste Mary Pipher offre ce regard sur ces questions liées au phénomène de la séparation des âges.

Une bonne partie des maladies sociales de l’Amérique proviennent de la ségrégation des âges. Si dix ados de quatorze ans sont réunis, il vont former une culture du style Sa majesté des mouches avec sa compétition et sa méchanceté. Mais si dix personnes entre deux et quatre-vingts ans sont réunies, elles vont tomber dans une hiérarchie des âges naturelle qui les encourage et les enseigne tous. Pour notre propre santé mentale et sociale, nous devons reconnecter les générations.[3]

Mark de Vries, dans son ouvrage Family-based Youth Ministry, note cette intéressante observation quant à notre capacité d’amener les jeunes à la maturité à travers l’approche traditionnelle du groupe de jeunes. Il décrit le cheminement de Jenny, qui était très enthousiaste et impliquée avec le Seigneur en tant qu’adolescente, mais qui quelques années plus tard n’était plus active dans aucune église et s’était détournée de Dieu:

… notre programme avait réussi à la conduire à devenir une adolescente chrétienne mature, mais quelque part échoué à la placer sur les bons rails vers une vie chrétienne adulte mature. Nous avions une vision à court-terme, ne nous concentrant que sur l’objectif de la garder impliquée et en croissance, mais oubliant l’objectif à long-terme de poser une fondement qui allait durer.[4]

De Vries souligne le besoin pour des adolescents d’être connecté aux autres générations, en particulier celle des adultes.

Le pont de l’enfance à l’âge adulte est de plus en plus long. Les jeunes gens de notre époque sont coincés dans une culture centrée sur leurs pairs. Et à moins qu’ils ne puissent trouver un appui pour sortir de cette culture, ils vont rester perpétuellement coincés dans l’adolescence. […] Les adolescents n’apprendront pas les aptitudes requises pour devenir des adultes matures dans un groupe de jeunes centré sur ses pairs. Ils n’apprendront pas ces aptitudes en discutant avec leurs copains. Le processus se produit alors que le moins mature a régulièrement l’opportunité d’observer, de dialoguer et de collaborer avec le plus mature. En refusant aux adolescents des opportunités pour ce genre d’implications avec des adultes, notre culture envoie de nombreux jeunes dans la vie adulte sans préparation relationnelle, mentale et morale pour les défis de la vie adulte. […] La culture des pairs horizontale n’est pas suffisante. Lorsque la structure verticale connectant les enfants aux adultes est érodée, est-il vraiment surprenant de voir nos enfants grandir en ayant des difficultés à établir des valeurs solides qui leur sont propres? […] La propre culture des jeunes les maintient souvent piégés dans cette immaturité, en les formant pour être des victimes réactives plutôt que des chrétiens proactifs.[5]

Il conclut:

La culture jeune, comme la plupart des ministères auprès des jeunes, est fondamentalement une structure qui rend orphelin. Elle ne porte pas ses membres tout au long de la vie; elle les rend plutôt orphelins au moment-même où ils ont le plus besoin d’une culture stable. L’isolation des adolescents du monde des adultes a sérieusement freiné les processus qui peuvent les conduire dans une vie adulte mature. L’établissement de structures qui accompagnent et portent les jeunes dans la vie adulte doit devenir l’accent principal des ministères auprès des jeunes dans la prochaine génération.[6]

Cela ne veut pas dire que les FJ font toujours toutes les activités tous ensemble. Nos avons découvert qu’il n’est pas si facile de recevoir un enseignement ensemble; le fait de se mettre en classes d’âge et de recevoir un apport approprié à son âge est totalement pertinent. Mais il y a tant de choses que nous pouvons faire ensemble, en particulier quand on en vient à servir les autres. Peter Menconi écrit:

Un des meilleurs moyens pour de multiples générations au sein d’une église de développer des relations est de se tourner vers l’extérieur et de servir les autres. Lorsque les diverses générations se mettent au service des autres ensemble, l’accent n’est plus sur leurs différences, mais sur leur coopération, qui touche et interpelle les gens.[7]

Dans leur ouvrage Intergenerational Christian Formation, Allen et Ross soulignent que les voyages missionnaires intergénérationnels ont, par exemple, plusieurs avantages:

-      Réunir des gens avec différentes expériences améliore la capacité de servir les besoins locaux comme les besoins des membres de l’équipe de manière adéquate.  
-      Réunir les générations augmente le potentiel d’avoir une largeur de maturité dans la foi, à partir de laquelle tous peuvent apprendre quelque chose.
-      Les jeunes stimulent les adultes et, en contrepartie, les adultes aident les jeunes en les aidant à concentrer leur énergie.[8]

Peter Menconi ajoute:

Les voyages missionnaires à court-terme constituent l’un des moyens les plus rapides de bâtir des relations solides et durables entre les générations. Lorsqu’un groupe intergénérationnel est réuni dans un environnement neutre – et souvent inconfortable, les conversations sont plus facilement initiées. Les voyages missionnaires permettent de merveilleux moments enseignables tant pour les adultes que pour les jeunes et les enfants.[9]

Allen et Ross concluent:

Dans de tels moments, les gens ont tendance à s’accrocher à Christ et les uns aux autres. C’est non seulement bon pour les adultes de voir la foi des enfants en action, mais c’est aussi bon pour la jeune génération de voir les adultes défiés et vulnérables. En particulier après plusieurs jours dans une nouvelle culture à faire des tâches inhabituelles, les gens tendent à devenir plus authentiques. Quand cela se produit, les gens sont souvent plus ouverts à l’œuvre de l’Esprit de Dieu. D’une manière ou d’une autre, le Saint-Esprit travaille à travers les membres de l’équipe pour se soutenir et s’encourager les uns les autres. La prière et les partages sur la foi deviennent souvent plus pointus et libres que lors d’un culte typique du dimanche matin ou d’une réunion de comité. Cette ouverture peut bâtir un sens de communauté qui peut être apporté dans la communauté de foi plus large et transmettre le virus aux autres. Des relations profondes entre des gens de diverses générations peuvent servir à combler le fossé générationnel, soulager l’âgisme et permettre aux jeunes de se percevoir comme faisant partie de l’église plutôt que seulement du groupe de jeunes.[10]


[1]. James W. White, Intergenerational Religious Education: Models, Theories and Prescription for Interage life and Learning in the Faith Community (Birmingham, AL: Religious Education Press, 1988), p. 18.
[2]. Psaume 133.
[3]. Mary Pipher, «The New Generation Gap,» USA Weekend, 19-21 mars 1999, p. 12.
[4]. Mark de Vries, Family-based Youth Ministry (Downer Groves, IL: InterVarsity Press, 1994), pp. 24-25.
[5]. Ibid., pp. 48-49, 53, 54.
[6]. Ibid., p. 56.
[7]. Peter Menconi, The Intergenerational Church: From WWII to www.com (Littleton, CO: Mt. Sage Publishing, 2010), p. 207.
[8]. Holly Caterton Allen et Christine Lawton Ross, Intergenerational Christian Formation: Bringing the Whole Church Together in Ministry, Community and Worship (Downer Grove, IL: InterVarsity Press, 2012), p. 231.
[9]. Menconi, The Intergenerational Church, p. 209.
[10]. Allen and Ross, Intergenerational Christian Formation, p. 233.

lundi 26 mars 2018

Thèse de Guy 34


La capacité spirituelle des enfants et des adolescents



Nous avons donc vu que les enfants sont cruciaux dans nos stratégies missionnaires, non seulement comme objets de notre compassion et de notre soutien, mais aussi comme innovateurs et protagonistes. Les FJ sont premièrement actifs dans le discipulat et la mobilisation des enfants, des adolescents et des familles, et une des premières leçons que nous avons apprises est que les enfants, dès leur plus jeune âge, peuvent connaître, aimer et servir Dieu. Ils peuvent prier, adorer, évangéliser, prendre soin des autres, aimer… Le docteur Brewster déclare:



Comme nous l’avons vu également, tant les Ecritures que l’expériences nous montrent que les enfants ont une capacité spirituelle bien plus développée que ce que nous pensons généralement. Ils peuvent entendre la parole de Dieu dans leur vie et y obéir, et ils peuvent servir les autres. Dans la Bible, ils participent pleinement aux communautés de foi. Et régulièrement, ils sont choisis par Dieu comme ses instruments quand les adultes ou leurs institutions ont échoué.[1]



L’auteur Peter Hohmann confirme cela:



Les enfants ont une capacité spirituelle étonnante. Ils peuvent réjouir le cœur de Dieu. Ils peuvent entendre et obéir à Dieu. Ils peuvent servir les autres. Pourtant, les enfants sont dépendants des adultes pour les équiper pour faire ces choses. Notre manque de vision de la capacité spirituelle des enfants peut nous amener à faire des choses qui les blessent ou qui freinent leur croissance spirituelle. Les enfants sont des rêveurs. Ils sont idéalistes; ils ont toujours foi en un lendemain meilleur. Il n’est pas étonnant que Jésus nous ait demandé d’être comme des petits enfants. Dieu accomplit souvent ses plus grands projets à travers des enfants.[2]



Hohmann, pasteur adjoint au Mechanicsville Christian Center, mentionne les FJ dans son livre Today’s All-star Missions Churches[3] comme une ressource pour les enfants pour grandir dans un style de vie missionnel et participer à des voyages missionnaires à court-terme.

Il ajoute:



Equiper les enfants pour servir demande beaucoup d’efforts‚ mais pouvons-nous nous permettre de ne pas le faire? Les enfants qui servent les autres sont enthousiastes au sujet de leur foi. Ils acquièrent une connaissance de Dieu éprouvée par des expériences concrètes (la salle de classe de la vie). Ces expériences deviennent les fondements de leur caractère. Les enfants qui servent les autres trouvent un but dans leur vie qui va au-delà d’eux-mêmes.[4]



Cet aspect de la capacité spirituelle des enfants est l’une des premières dimensions que les FJ ont découvertes au début de leur cheminement, car ce n’était pas quelque chose de connu dans les années soixante-dix.  Ce d’ailleurs ce qui m’a attiré dans le ministère à la fin des années quatre-vingts. Pourtant, nous devons veiller à ne pas pousser les enfants au-delà de ce qui est authentique dans leurs vies. Nous avons été coupables de cela dans le passé. Nous devons aussi faire attention à ne pas utiliser leur capacité spirituelle pour prouver nos théologies, ou les mettre en avant et les utiliser pour impressionner les gens. J’ai également été coupable de cela. Et finalement, nous devons être attentifs à ne pas élever leur capacité spirituelle au-dessus des autres aspects de leur vie, au risque de promouvoir un état d’esprit dualiste. Leurs capacités sociale, relationnelle, physique, émotionnelle et intellectuelle sont tout aussi importantes, et nous devons encourager une approche holistique du discipulat auprès des enfants et des adolescents, même si en tant que ministère, notre appel principal est de les former pour connaître Dieu, réjouir son cœur et le faire connaître.

Il reste que notre énoncé de mission dit que nous voulons les conduire dans ce que nous appelons une connaissance éprouvée de Dieu. Par éprouvée, nous voulons dire non seulement intellectuelle. Nous voulons que les enfants expérimentent qui Dieu est, pas simplement qu’ils reçoivent des informations bibliques. Le revivaliste David Walters a écrit: «A moins que nos enfants ne reçoivent une réelle vision de Dieu, de qui il est, de ce qu’il a fait pour eux et de ce qu’il aimerait qu’ils deviennent, nous allons les perdre.»[5]

Dans la pratique de notre ministère, cette connaissance éprouvée vient d’abord de l’écoute de la voix de Dieu et du fait de faire des pas d’obéissance radicaux ensemble avec les enfants, en croyant que Dieu va accomplir sa parole. Nous avons entendu tant de témoignages de provisions miraculeuses, de révélations, de guérisons, de prières exaucées et d’autres actions divines vécues de première main suite à un temps d’écoute et d’obéissance radicale dans la foi. Après chacune de ces interventions divines, nous prenons le temps de débriefer avec les enfants pour les aider à réaliser ce qui s’est passé; ces moments enseignables les aident à mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu et à l’intégrer dans leur vie.

Mais au-delà de l’expérience, nous voulons que la foi des enfants soit basée sur la parole de Dieu. Explorer les Ecritures avec eux et découvrir le caractère et les voies de Dieu avec eux est primordial,  et ils l’apprennent d’abord à la maison. Joy Dawson écrit: «Ils ne trouveront pas le défi de suivre Dieu de tout leur cœur difficile si vous avez pris le temps d’étudier le caractère de Dieu pour vous-mêmes, puis de leur enseigner ce que vous avez découvert.»[6] Elle donne ce témoignage de son enfance:  



Sans aucun doute, mon amour passionné pour la Bible a commencé dans ma petite enfance, que j’ai vu que la Bible était de loin le livre le plus important dans la vie de mon père – et il avait pourtant une énorme bibliothèque. La parole de Dieu était si importante pour lui que, chaque soir de la semaine après le dîner, il la lisait à ses cinq enfants à partir d’une version intéressante particulièrement adaptée aux enfants. […] Papa nous posait ensuite des questions sur ce que nous avions entendu et appris. Je ne m’ennuyais jamais. La parole de Dieu me fascinait alors, et c’est toujours plus le cas encore aujourd’hui.[7]



La première expression des FJ a été les tournées missionnaires, où nous invitions les enfants et les adolescents à se joindre à nous pour répondre le grand mandat missionnaire par des voyages à court-terme. Ces voyages étaient la plupart du temps le fruit de temps d’intercession pour les nations avec eux où Dieu partageait son cœur pour un lieu particulier, les invitant à aller réjouir son cœur à cet endroit. Ces voyages à court-terme sont dangereusement en déclin dans certaines régions du monde ces quelques dernières années au sein des FJ. Pourtant, alors que nous partageons nos vies pendant plusieurs semaines avec les enfants, les jeunes et les familles, le potentiel pour les impacter pour toute leur vie est énorme. Là aussi, Joy Dawson explique le rôle de ces tournées pour façonner les vies des participants. Elle mentionne les FJ comme un ministère qui offre de telles opportunités.[8] Elle écrit:



Les voyages missionnaires à court-terme constituent une merveilleuse façon de répondre à l’appel de servir les nécessiteux. J’ai été tellement impressionné par l’impact puissant que le fait d’être exposé à d’autres races et cultures en allant répondre à leurs besoins a eu sur les enfants qui ont participé à de tels voyages. Les organisations missionnaires et les églises orientées sur la mission organisent de telles opportunités. C’est un moyen certain d’accélérer le processus pour préparer des futurs transformateurs du monde. Je vous défie, cher lecteur, de vous y impliquer vous-mêmes et d’encourager les enfants que vous formez à en faire de même.[9]




[1]. Brewster, Child, Church and Mission Revised Edition.
[2]. Peter Hohmann, Kids Making a Difference: Incredible Stories of What Kids are Doing Around the World (Collierville, TN: Instant Publishers, 2004).
[3]. Tom Telford & Lois Shaw, Today’s All-star Mission Churches: Strategies to Help your Church get into the Game (Grand Rapids, MI: Baker Books, 2001), pp. 51, 56.
[4]. Peter Hohmann, The Great Commissary Kids (Springfield, MO: Boys and Girls Missionary Crusade, 1997), p. 21.
[5]. David Walters, Equipping the Younger Saints (Macon, GA: Good News Fellowship Ministries, 1993), p. 7.
[6]. Dawson, Influencing Children to Become World Changers, p. 51.
[7]. Ibid., p. 24.
[8]. Dawson, Influencing Children to Become World Changers, p. 50.
[9]. Ibid.