samedi 30 décembre 2017

Thèse de Guy 16


John Wesley

Passons ensuite à l’Angleterre. John Wesley (1703-1791) était le quinzième enfant sur dix-neuf (huit d’entre eux sont morts dans leur petite enfance) de Samuel et Susanna Wesley. Depuis l’âge de cinq ans, les enfants Wesley ont été scolarisés à la maison et on attendait d’eux qu’ils parlent le grec et le latin couramment et qu’ils mémorisent des portions importantes des Écritures. Susanna Wesley interviewait chacun de ses enfants séparément, une fois par semaine, pour évaluer leurs progrès spirituels.

Un incendie désastreux a détruit leur maison en 1709, laissant une impression indélébile sur le jeune John Wesley. Vers onze heures du soir, le toit de la maison a pris feu, et les Wesley ont pu faire sortir tous leurs enfants de la maison, à l’exception du petit John, cinq ans à l’époque, qui était resté coincé au deuxième étage. Avec les escaliers enflammés et le toit sur le point de s’effondrer, un paroissien est parvenu à grimper sur les épaules d’un autre homme pour saisir le petit John par la fenêtre du deuxième étage. Pendant toute sa vie, John s’est considéré comme «une brindille arrachée au feu».

Charles Wesley, le plus jeune de la famille, a été le premier à être sauvé des flammes. Sa vie avait presque été volée après sa naissance prématurée: Après avoir été laissé pour mort, il s’est réveillé. Les deux frères ont été rendus très conscients par leur mère d’avoir été épargnés pour un dessein particulier. 

John et Charles ont tous deux fréquenté l’Université d’Oxford, où ils ont refusé de participer aux fêtes des étudiants et où ils ont créé le Holy Club avec quelques autres étudiants pour prier et étudier la Bible. Après cela, John a été ordonné prêtre dans l’église Anglicane. Influencé par les Moraves, il a passé par une profonde expérience de conversion en 1735 et est devenu un prédicateur puissant et un réformateur social. Il a sillonné le pays – préparant ses sermons, lisant et écrivant sur son cheval – pour rencontrer ses paroissiens. Prédicateur infatigable, il a couvert plus de 400'000 km, la plupart du temps à dos de son cheval, et a prêché plus de 40'000 sermons. «Le monde est ma paroisse, » a-t-il déclaré. En 1784, il a quitté l’église Anglicane et a fondé le mouvement Méthodiste. Il a contribué à créer de nombreuses écoles et organismes sociaux pour combattre l’ignorance et la pauvreté.[1]

Dès sa conversion, Wesley a été impressionné par la foi des enfants. Alors qu’il voyageait vers l’Amérique, pendant une période de grande détresse et de mer agitée lors de la traversée de l’Atlantique, Wesley et les autres passagers à bord étaient très impressionnés, tandis que quelques missionnaires moraves et leur famille semblaient rester paisibles.[2]

Au milieu du Psaume par lequel nous commencions le culte, une vague balaya le pont, déchira la grand-voile en pièces, recouvrit le navire et l’eau s’écoula entre les ponts, comme si le grand abîme nous avait déjà avalé. Un cri effroyable monta parmi les Anglais. Les Allemands, de leur côté, continuaient de chanter calmement. J’ai demandé à l’un d’entre eux après coup: «N’étiez-vous pas effrayés?» Il me répondit: «Dieu merci, non.» Je demandai: «Mais vos femmes et vos enfants, n’étaient-ils pas effrayés?» Il répondit doucement: «Non, nos femmes et nos enfants n’ont pas peur de mourir.»
D’eux je me rendis vers leurs voisins tremblant et pleurant, et leur soulignai la différence à l’heure de l’épreuve, entre celui qui craint Dieu et celui qui ne le craint pas. A midi, le vent tomba. Ce fut le jour le plus glorieux que j’eus vu jusqu’à ce jour.»[3]

Il y a peu de doutes que Wesley ait été impressionné par ce qu’il a vu dans le comportement des Moraves, y compris de leurs enfants. Ses interactions suivantes avec les frères, en particulier avec un de leurs membres, Peter Bohler, ont encouragé Wesley à en apprendre davantage à leur sujet et sur la profondeur de la foi en Christ qu’il avait vu chez eux.

Wesley voyagera à Halle et à Herrnhut, où il rencontrera le comte Zinzendorf pour en apprendre davantage sur la foi des Moraves.[4] Robert Southey, un des biographes de Wesley, nous donne un aperçu de son amour pour les enfants.

J’étais dans une maison à Bristol où se trouvait Wesley. Quand je n’étais encore qu’un simple enfant, alors que je descendais l’escalier en courant avec ma magnifique petite sœur, ses boucles flottant par-dessus ses épaules, il nous attrapa à notre arrivée, saisit ma sœur dans ses bras et l’embrassa. En la reposant sur ses pieds, il plaça alors sa main sur ma tête et me bénit, et je sens comme si j’ai reçu la bénédiction de cet homme bon sur moi jusqu’à ce jour.[5]

Wesley a mentionné à plusieurs reprises dans son journal la façon dont les enfants, même en âge préscolaire, recevaient non seulement une révélation de la grâce de Dieu, mais commençaient à prier avec ferveur pour les autres. Wesley a souvent prêché aux enfants et il avait un profond désir qu’ils puissent expérimenter l’amour de Dieu et que la connaissance de Christ descende dans leurs cœurs. Lisons les exemples suivants:  

16/09/1770. École de Kingswood. … J’ai été réveillé entre quatre et cinq heures du matin par les enfants qui criaient à Dieu avec véhémence. Les servantes sont allées vers eux à cinq heures. Et d’abord un des garçons, puis un autre; puis deux des servantes ont commencé à répandre leur âme vivement devant Dieu, tant pour eux-mêmes que pour les autres. Ils ont continué à pleurer et à prier jusqu’à neuf heures, ne pensant pas à manger ou à boire, non. Richard Piercy n’avala aucune nourriture de toute la journée, mais resta à crier à Dieu par des paroles et des gémissements.
Vers environ une heure, toutes les servantes et trois des garçons sont montés à l’étage et ont recommencé à prier; et là ils ont réalisé que la main du Seigneur n’était pas trop courte; entre deux et trois heures, beaucoup se sont réjouis avec une joie indescriptible. Ils ont tous continué ensemble jusqu’après quatre heures, louant le Dieu de leur salut; en vérité, ils semblaient avoir oublié toutes les choses ici-bas, et ne penser à rien d’autre qu’à Dieu et au Ciel…[6]

27/01/1771. J’ai enterré les restes de Joan Turner qui a passé toutes ses dernières heures à se réjouir et à louer Dieu, et qui est morte pleine de foi et du Saint-Esprit à l’âge de trois ans et demi.[7]

17/01/1772. (Hertford) J’ai trouvé que le nombre de pauvres enfants que Mr. A. gardait à l’école s’élevait à près de trente garçons et trente filles. Dès que j’ai commencé à parler, certains d’entre eux ont éclaté en sanglot, et leur émotion se manifesta de plus en plus. Mais elle est restée sous contrôle jusqu’à ce que je commence à prier. Un cri s’est alors levé, qui s’est répandu de l’un à l’autre, jusqu’à ce que pratiquement tous pleurent à grands bruits pour obtenir miséricorde, sans pouvoir être consolés. Mais combien la scène changea quand je me rendis vers les garçons! Ils semblaient morts comme des pierres, et ne semblaient prêter que peu d’attention à ce qui était dit, non, certains d’entre eux pouvaient à peine se retenir de rire. Pourtant, je continuai à prêcher et plaçai devant eux les terreurs du Seigneur. A ce moment-là, l’un d’eux fut touché profondément, puis un autre, et encore un autre. En dix minutes, la plus grande partie d’entre eux fut aussi percutée que les filles l’avaient été. A l’exception de Kingswood, je n’ai jamais vu une telle œuvre de Dieu parmi des enfants en plus de trente ans.[8]

05/06/1772. Tiré d’un récit de John Fenwick. Sur les 165 membres de leur société: «Quarante-trois d’entre eux sont des enfants, dont trente se réjouissent dans l’amour de Dieu. Le principal instrument que Dieu a utilisé parmi eux est Jane Salkeld, une maîtresse d’école; une jeune femme qui est un modèle pour tous les croyants. Quelques-uns de ses enfants sont: Phebe Teatherston, neuf ans, une enfant avec une compréhension peu courante. Hannah Watson, dix ans, pleine d’amour et de foi; Aaron Ridson, même pas onze ans, mais sage et guindé comme un homme. Sarah Smith, huit ans et demi, mais aussi sérieuse qu’une femme de cinquante ans. Sarah Morris, quatorze ans, est une mère parmi eux, toujours sérieuse, toujours à veiller sur le reste d’entre eux et à les édifier dans l’amour.  
(Wesley le compare ensuite à Everton) Oui, de nombreux enfants ici ont eu une expérience beaucoup plus profonde, et une communion avec Dieu bien plus constante que l’homme ou la femme les plus âgés d’Everton que j’aie rencontré ou dont j’aie entendu parler; ainsi, globalement, nous pouvons l’affirmer: «Une telle œuvre de Dieu n’a jamais été vue auparavant dans les trois royaumes.»[9]

05/09/1774 (Dimanche) Kingswood. J’en ai examiné seize d’entre eux, qui désiraient partager le repas du Seigneur. Neuf ou dix avaient un clair sens du pardon et de l’amour de Dieu. Les autres étaient pleinement déterminés à ne jamais se reposer jusqu’à ce qu’ils puissent témoigner de la même confession. … Ils étaient remarquables dans leur amour les uns pour les autres, ainsi que dans leur sérieux et leur stabilité. Ils se réunissaient chaque jour; en plus, tous les enfants se réunissaient par classe. Ces enfants qui avaient trouvé la paix étaient: James Whitestone, Alexander Mather, Matthew Lowes, William Snowdon, John Keil, Charles Farr, John Hamilton, Benjamin Harris et Edward Keil.[10]

Nous voyons donc que Wesley prêchait également aux enfants: il prenait leur foi au sérieux et les considérait pleinement capables d’entrer dans le royaume de Dieu. Lisons un dernier exemple parmi de nombreux autres.

08/06/1774. «Je suis arrivé à Stockton-on-Tees. J’y ai découvert un mouvement de Dieu inhabituel parmi les enfants. Beaucoup d’entre eux, âgés de six à quatorze ans, se trouvaient sous une sérieuse conviction de péché et désiraient ardemment le salut de leur âme. J’en ai compté jusqu’à soixante qui venaient constamment pour des entretiens et qui paraissaient grandement réveillés. À midi, j’ai prêché sur le thème «Le royaume des cieux est proche» … N’est-ce pas une chose nouvelle sur la terre? Dieu commence son œuvre parmi les enfants. Cela a aussi été le cas dans les Cornouailles, à Manchester et à Epworth. Ainsi la flamme se répand sur ceux d’âge plus mûr; jusqu’à ce qu’en fin de compte tous le connaissent et le louent, du plus petit jusqu’au plus grand.[11]

Les frères Wesley ont même écrit quarante-deux hymnes juste pour les enfants.[12] Et même si les enfants étaient l’objet de sa prédication, John Wesley considérait les parents comme ayant la responsabilité première. Il a écrit que:

La personne dans votre maison qui réclame votre première et plus proche attention est, sans aucun doute, votre épouse; vous devez l’aimer comme Christ a aimé l’Eglise. … Après votre femme il y a vos enfants; esprits immortels que Dieu a, pour un temps, confié à vos soins, afin que vous puissiez les former dans toute la sainteté, et les préparer à jouir de Dieu dans l’éternité. C’est une confiance glorieuse et importante; voir une âme a plus de valeur que tout le monde à côté. Vous devez, par conséquent, veiller sur chaque enfant avec le plus grand soin, afin que quand vous serez appelé à rendre compte pour chacun d’eux devant le Père des esprits, vous puissiez le faire avec joie et non avec regret.[13]


[1]. «John and Charles Wesley: Evangelists Extraordinary,» Reformationsa.org, consulté le 18 novembre 2014, http://www.reformationsa.org/index.php/history/270-john-and-charles-wesley-evangelists-extraordinary#sthash.4Qnn6p79.dpuf.
[2]. Dan Harris, «Wesley and the Children,» Church of the Nazarene, consulté le 17 décembre 2014, http://amc.nazarene.org/index.php/discipleship-place/13-discipleship/443-discipleship-children.
[3]. John Wesley, The Works of John Wesley, Vol. 1, (Grand Rapids, MI: Baker Book House Company, 2002), 1:22.
[4]. Harris, «Wesley and the Children.»
[5]. John Wesley, Journal (Grand Rapids, MI: Christian Classics Ethereal Library), p. 14.
[6]. Cité dans David Walters, Children Aflame (Macon, GA: Good News Fellowship Ministries, 1995), pp. 21-22.
[7]. Ibid., p. 24.
[8]. Cité dans David Walters, Children Aflame, p. 24.
[9]. Ibid., pp. 26-27.
[10]. Ibid., p. 29.
[11]. Cité dans David Walters, Children Aflame, p. 31.
[12]. Ishmael, Reclaiming a Generation (Eastbourne, UK: Kingsway Publication, 2001), p. 139.
[13]. John Wesley, «On Family Religion,» Sermon 94, Global Ministries, United Methodist Church, consulté le 17 décembre 2014, http://www.umcmission.org/Find-Resources/John-Wesley-Sermons/Sermon-94-On-Family-Religion.