dimanche 3 décembre 2017

Thèse de Guy 8

Augustin

Puis est arrivé Augustin d’Hippone (354-430 ap. J.-C.), et le débat s’est centré davantage sur le concept de péché originel. Augustin avait une vision beaucoup plus négative des enfants. Il a conclu que: 

1.     Même les bébés ont des tendances au péché;
2.     La transgression d’Adam, qui implante dans sa progéniture un péché étranger, est à l’origine de ces tendances;
3.     Le baptême remédie à ces tendances condamnables et devrait être conféré aussi tôt que possible.[1]

Dans son ouvrage Children and the Theologians, Jerome W. Berryman écrit sur la vision négative des enfants d’Augustin, soulignant le fait qu’il «défendait infatigablement dans sa vieillesse l’idée que les enfants, impuissants et de façon permanente, arrivent dans le monde infectés par le péché originel à l’exception de ceux que Dieu a choisi de sauver.»[2]

O. M. Bakke affirme que les pères de l’Eglise primitive percevaient les enfants comme innocents, ou au moins comme moralement neutres, jusqu’au cinquième siècle quand une bataille plus large contre le pélagianisme a ouvert la porte à la doctrine du péché originel décrivant les enfants comme pécheur et méritant le jugement.[3] Ceci dit, les pères de l’Eglise reconnaissaient que les enfants se révélaient capables en tant que sujets moraux portant la responsabilité de leurs actions.[4]
 
Pourtant, la vision d’Augustin décrivait les enfants comme porteurs du péché originel et par conséquent récipients d’un jugement de damnation éternelle, à moins qu’ils ne soient baptisés.[5] Il est vrai que le baptême des enfants a influencé une bonne partie de cette discussion bien avant Augustin, même si la motivation de beaucoup des pères de l’Eglise n’était pas spécifiquement liée à la dépravation de l’enfant. Pourtant, comme le fait remarquer Kevin Lawson, le quatrième siècle  a marqué non seulement une acceptation croissante du baptême des bébés, mais également un changement de perspective de la part de l’Eglise. Lawson écrit, dans son livre Understanding Children’s Spirituality:

Une théologie du péché originel a supplanté la vision de l’innocence des enfants soutenue auparavant par la plupart des responsables de l’église. Pour des théologiens comme Augustin, la préoccupation pour le péché originel et la mortalité infantile précoce a conduit à une insistance sur le baptême des nouveau-nés comme moyen de les sauver de la damnation éternelle.[6]
Ce point de vue, perçu comme un acte de rédemption, comprenait une vision très spécifique de la dépravation de l’enfant qui a façonné les générations futures. Cette tension entre une perception des enfants comme étant neutres, mais des agents moraux capables, contre une perception des enfants comme essentiellement mauvais, même depuis le sein maternel, a influencé l’enseignement de l’Eglise à partir du cinquième siècle dans le christianisme occidental. Les théologiens orthodoxes orientaux, et les autres traditions non-occidentales, ont évité une bonne partie de la tension en épousant un point de vue différent. Ils reconnaissaient la mortalité humaine comme conséquence première de la chute plutôt que l’action persuasive du péché. 

Augustin a eu tellement d’influence que son point de vue a dominé l’approche que l’Eglise a eu des enfants pendant des siècles jusqu’à Thomas d’Aquin (1224-1274). La vision augustinienne a par la suite largement influencé les réformateurs et les Puritains. Mais penchons-nous un instant sur d’Aquin. Berryman explique que 

Thomas a trouvé des moyens de combiner la vision des enfants d’Aristote, comme des créatures pleines d’un potentiel non-cultivé par des conseils bibliques à leur sujet, et la vision d’Augustin de leur nature fondamentalement mauvaise, dérivée de la chute d’Adam. Il est arrivé à cette combinaison par son interprétation de la grâce de Dieu.[7]
 
Thomas cherchait à réconcilier la vision positive de Chrysostome (également influencé par Aristote) avec la vision négative d’Augustin. La théologienne Christina L. H. Traina a souligné que 

Thomas percevait la grâce comme venant compléter la nature plutôt que la corriger. Ainsi il a eu tendance à souligner le potentiel de croissance spirituelle des enfants à l’aide de la grâce plutôt que, comme Augustin, leur incapacité à réellement se développer et à manifester la vertu en l’absence de la grâce.[8]


[1]. Martha Ellen Stortz, «Where or When Was Your Servant Innocent? Augustine on Childhood,» dans The Child in Christian Thought, éd. Marcia J. Bunge (Grand Rapids, MI: William B. Eerdmans, 2001), p. 79.
[2]. Jerome W. Berryman, Children and the Theologians (Harrisburg, PA: Moorehouse Publishing, 2009), p. 59.
[3]. Bakke, When Children Became People, p. 105.
[4]. Ibid., pp. 106-107.
[5]. Stortz, «Where or When was Your Servant Innocent? Augustine on childhood,»  i, pp. 78-102.
[6]. Kevin E. Lawson, Understanding Children’s Spirituality: Theology, Research and Practice (Eugene, OR: Wipf & Stock, 2012), pp. 133-135.
[7]. Berryman, Children and the Theologians, p. 78.
[8]. Cristina L. H. Traina, «A Person in the Making: Thomas Aquinas on Children and Childhood,» dans The Child in Christian Thought, éd. Marcia J. Bunge (Minneapolis, MN: William B. Eerdmans, 2001), p. 106.