mercredi 24 août 2011

Responsabiliser son enfant - 17

La conscientisation du sens des responsabilités
Le parent responsable incite son enfant à respecter les autres et certaines des choses qui l’entourent. Il lui montre très tôt qu’il y a des comportements positifs et d’autres qui sont inacceptables, selon ses valeurs. Après avoir observé ses parents et leurs interventions, l’enfant développe une conscience morale et apprend que le bien est supérieur au mal.
Selon Damon[1], plusieurs facteurs influencent le développement moral chez l’enfant :
« Une jeune acquiert progressivement une identité morale à travers des milliers de petits événements, tels les commentaires des autres,  l’observation de comportements qui l’inspirent ou le dégoûtent, la réflexion sur sa propre expérience, les influences familiales, scolaires ou des medias. »


[1] W. DAMON, Op. cit.
La prise de conscience de sa responsabilité s’appuie chez l’enfant sur sa compréhension des relations logiques et causales entre ses actions et leurs conséquences, ainsi que sur sa conscience morale. Plus le parent aide son enfant à comprendre les relations logiques entre les causes et leurs effets, plus l’enfant devient habile à raisonner, à faire des déductions, à anticiper les conséquences de ses gestes et de ses paroles sur lui-même et sur les autres, à résoudre des conflits.
Il ne faut pas faire injure à l’intelligence d’un enfant en limitant la discipline au modèle action-réaction. Entre un comportement inacceptable (action) et une punition (réaction), il y a certainement place pour un raisonnement. A chaque réprimande ou exigence, on doit fournir une explication à l’enfant pour qu’il en juge la pertinence même s’il est frustré, pour qu’il en vienne à jeter un regard critique sur son comportement. C’est cette incapacité à faire des jugements critiques sur ses expériences et à adapter son comportement qui empêche l’enfant de se maîtriser. Ce qui trouble un enfant, c’est de ne pas être respecté. Et ce qui le marque parfois toute la vie, c’est de ne pas comprendre. Quand le parent impose des règles de conduite dont son enfant ne comprend pas le bien-fondé, il a tendance à se conformer en refoulant son agressivité ou à s’y opposer. Un parent ne peut imposer à son enfant un contrôle personnel qu’il ne maîtrise pas lui-même, tout comme il ne peut l’obliger à accepter des règles de conduite qu’il ne prend pas la peine d’expliquer. L’enfant doit profiter de cette discipline cohérente, dont il comprend la logique. Il sait qu’il peut toujours la discuter ou la contester, mais de façon adaptée, dans les limites imposées par les parents.
Plutôt que de brandir punitions et menaces, comme une épée de Damoclès, il est beaucoup plus profitable d’expliquer à l’enfant les conséquences de ses gestes et de ses paroles. Il est encore plus pertinent de l’encourager à se rendre compte par lui-même des conséquences de son comportement et à trouver des solutions. Ainsi le parent le guide le plus possible et l’encourage à prendre conscience des responsabilités personnelles dans les actes qu’il pose et les paroles qu’il prononce. L’accompagnement de l’enfant est possible et souhaitable, car nous savons qu’autour de 24 mois, la majorité des enfants sont capables de reconstituer intellectuellement les causes en présence de leurs effets. Plus tard, la capacité de représentation mentale évolue suffisamment pour « lire » les expériences après coup et en tirer des conclusions. En général, à partir de 3 ou 4 ans, les enfants sont capables de comprendre la relation entre leurs actions et leurs effets sur les autres, si les adultes les accompagnent en ce sens.
En psychoéducation, on parle de l’utilisation[1] comme l’une des trois modalités de la relation d’aide qui complète l’organisation et l’animation. C’est un processus utilisant les  du quotidien pour entraîner les jeunes à « lire » après coup de qu’ils ont vécu, afin qu’ils prennent conscience de leur rôle (attitudes, gestes, paroles), ainsi que de la conséquence de leurs gestes sur eux-mêmes et sur les autres. Tout parent ayant de l’empathie peut guider son enfant dans un processus visant à prendre conscience de ses responsabilités. Le parent doit aller plus en profondeur en aidant l’enfant à prendre conscience de son sentiment ou de son besoin qui a provoqué l’action inadéquate. Enfin, le parent doit lui suggérer des moyens adaptés ou l’aider à en trouver pour mieux exprimer son sentiment ou son besoin.
Il est important de souligner que l’accompagnement de l’enfant dans une telle démarche de conscientisation doit se faire quand celui-ci est disposé, ainsi que le parent, et non pas quand l’enfant est encore envahi émotivement par la situation. Aussi, le parent doit expliquer clairement à l’enfant les valeurs pour lesquelles il réprouve certaines actions ou paroles. Même si le jeune est intellectuellement capable de comprendre les relations logiques et causales entre ses actions et leurs conséquences sur les autres et sur lui-même, il est possible qu’à la suite d’une action inadéquate, il y ait recrudescence de son égocentrisme, du fait qu’il est encore pris émotivement par l’événement. Il peut nier sa responsabilité. Il importer alors au parent d’attendre que l’enfant soit prêt à revenir sur la situation.
L’égocentrisme d’un enfant ne disparait pas soudainement et définitivement vers l’âge de 7 ou 8 ans. Il peut resurgir momentanément et temporairement, dans diverses situations. Pour aider l’enfant à s’adapter, il faut l’aider à décoder les signaux de ses camarades et à saisir l’impact ou les conséquences de ses gestes et de ses paroles sur les autres. En général, les enfants d’âge scolaire, sont capables d’une telle représentation. Ils doivent se mettre mentalement à la place de l’autre, se dégager de leur égocentrisme. Il est essentiel d’adopter cette attitude de « décentration » pour comprendre ses responsabilités, et le parent doit guider l’enfant dans ce sens. Cette prise de conscience l’aidera à freiner ou modifier ses gestes et ses paroles. Par ailleurs, le parent doit rassurer l’enfant en lui disant qu’il a le droit d’être fâché, mais qu’il doit exprimer sa colère dans le respect de l’autre.
La conscience morale d’un enfant ne suffit pas à l’amener à une action morale. Parfois, l’enfant doit assumer la responsabilité de ses gestes et de ses paroles en réparant les torts qu’il a causés. Les frustrations sont importantes pour intégrer des expériences de vie. Un enfant doit comprendre qu’il ne peut faire tout ce qu’il veut. La frustration met l’enfant en contact avec le principe de réalité, avec une discipline de vie.
L’objectif ultime de la réparation consiste à faire acquérir aux enfants une autodiscipline et la prise en charge de leur propre responsabilité. La réparation doit être conçue comme un processus de résolution des problèmes, en permettant à l’enfant de corriger ses erreurs et de résoudre des conflits. Elle ne se limite pas à dédommager les victimes d’actes inadéquats, mais elle permet surtout à l’enfant d’apprendre à corriger ses erreurs. A la suite d’une réparation, l’enfant se sent plus responsable et moins coupable de sa faute. Il peut ainsi rétablir une image positive de lui-même et ainsi rétablir de bonnes relations avec les autres. C’est en ce sens que la réparation préserve les relations de l’enfant avec les autres personnes.
En regard du processus de conscientisation du sens des responsabilités et en tenant compte du fait que nous croyons beaucoup à l’importance du développement de l’estime de soi chez l’enfant, la prise de conscience ne doit pas se limiter aux gestes inadéquats. Nous conseillons fortement aux parents d’effectuer un retour sur les bons coups et sur les réussites. Cela aide aussi l’enfant à prendre conscience des relations logiques et causales. L’enfant se rend compte qu’un résultat ne survient pas par magie, mais qu’il est plutôt l’aboutissement logique de ses actions. Cette prise de conscience alimente sa propre estime.


[1] G. GENDREAU, Jeunes en difficulté et intervention psycho éducative, Montréal : Editions Sciences et culture, 2001
16 Juillet 2010

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