lundi 22 août 2011

Incarnation: Chapitre 7 - Être l'Eglise dans son travail (1ère partie)

William Diehl, membre de la direction d’une grande multinationale d’acier, «laïc», décrit dans son livre Christianity and real life le fossé entre le séculier et le sacré dans les milieux d’église:
«Pendant les trente années de ma carrière professionnelle, mon église n’a pas suggéré une seule fois la prise en compte de mon ministère envers les autres sur mon lieu de travail. Mon église n’a jamais proposé de m’aider à améliorer ces aptitudes qui auraient fait de moi un meilleur serviteur, ni n’a jamais demandé si j’avais besoin de soutien dans ce que je faisais. Personne ne s’est jamais inquiété du genre de décisions éthiques auxquelles j’étais confronté, ou si je cherchais à communiquer ma foi à mes collaborateurs. Je n’ai jamais entendu dans une assemblée une affirmation publique ou un encouragement à exercer un ministère dans une profession séculière. En bref, je dois conclure que mon église n’est pas du tout intéressée à savoir si et comment je sers Dieu dans mon travail quotidien.[1]»
Doug Sherman, un des premiers pionniers du mouvement de la foi sur sa place de travail et auteur de Your Work Matters to God, dit: «Notre sondage révèle que plus de quatre-vingt dix pour cent des chrétiens n’ont jamais été enseignés à connecter les principes bibliques à leur vie professionnelle. D’autres études démontrent que quarante-sept pour cent des gens interrogés avouent que la prédication et l’enseignement qu’ils reçoivent à l’église est déconnecté de leur vie quotidienne. Etant donné ces statistiques, il n’est pas étonnant que le chrétien moyen n’ait aucun impact spirituel dans sa place de travail et qu’il ait été incapable d’intégrer sa vie de foi dans sa vie professionnelle.»
David High a appris les règles et le fonctionnement de l’église en étudiant dans une école biblique, en servant au sein du personnel d’une église, en travaillant dans la mission, et en conduisant un groupe d’étude biblique à la maison. Puis il a implanté une église dont il a été le pasteur pendant un certain nombre d’années. Puis soudainement, Dieu l’a appelé dans le monde du travail, où il a commencé à fonctionner tout différemment. Il écrit: «Tu parles d’un choc culturel! Soudainement, tous les clichés et les déclarations de foi que j’avais claironnés aux hommes de mon église étaient testés dans le monde réel!»
Il découvrit rapidement combien il était difficile en tant que chef d’entreprise de vivre au niveau des attentes qu’il avait en tant que pasteur. Il explique:
«Quand j’étais pasteur, je réalisais peu les difficultés des hommes dirigeant des entreprises et conduisant leur famille, tout en essayant de soutenir en même temps tous les ministères et les programmes de l’église. En tant que pasteur, je me demandais pourquoi les hommes ne venaient pas à la répétition de la chorale le mardi soir, à l’étude biblique du mercredi soir, à l’évangélisation du jeudi soir et à la prière du samedi matin. Maintenant que je suis l’un d’eux, je n’arrive pas non plus à le faire.[1]»

Deux mondes séparés par un fossé
Ces trois déclarations nous amènent à identifier le fossé qui sépare le monde de l’église et le monde du travail. Comme deux planètes éloignées, elles semblent n’avoir que très rarement l’occasion de se croiser, et encore moins d’avoir quoi que ce soit de commun.
Jacques Ellul aurait écrit: «La raison pour laquelle l’église a si peu de choses à dire au monde du travail est qu’elle est composée de ministres qui ne connaissent que peu cet univers et de membres qui veillent à garder leur vie de foi et leur vie professionnelle dans des compartiments séparés.»
Alors que j’étais jeune converti, apprenti mécanicien-électronicien, je n’aimais pas du tout ce métier. Comme je l’ai décrit dans le premier chapitre, je ne me sentais pas appartenir à ce monde. J’étais déconnecté. Je faisais mon nid dans la «planète chrétienne». Mon plus cher désir était de partir avec Jem (je venais de lire Est-ce bien toi, Seigneur?, le premier livre de Loren Cunningham. Cependant, lors d’un camp d’évangélisation, j’ai reçu une parole très claire lors d’un enseignement: «Il ne faut pas confondre un appel de Dieu avec un refus de la vie professionnelle!» J’ai clairement su où j’en étais. J’ai alors prié: «Seigneur, si c’est vraiment toi qui m’appelle dans la mission, donne-moi d’abord un métier que j’aime afin que ce ne soit pas une fuite!» Ce ne sera que dix ans plus tard que je vais effectivement quitter ma profession. Et dans ce laps de temps, j’ai découvert que travail et appel de Dieu n’étaient pas opposés.


[1] William Diehl, Christianity and Real Life, Fortress, 1976, v-vi

[1] David R. High, Kings and Priests, Books for the children of the World, 1993, p.4
04 Mai 2008

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