vendredi 9 novembre 2018

William Booth et sa vision pour les enfants et les familles (2)



Contributions importantes aux sphères de la société
Comme nous l’avons vu dans cette brève biographie, William Booth a apporté une contribution dans chacune des sphères de la société. Sa vision était large et holistique. Il a été impliqué dans les médias et la communication, par des journaux et des magazines qu’il publiait lui-même, et en utilisant des journaux existants pour alerter l’opinion publique. Il a été impliqué dans la sphère politique, non en devenant lui-même un politicien, mais en défendant les pauvres et en luttant pour l’amélioration de leurs conditions. Il a été impliqué dans la sphère de la célébration, incluant la musique et la formation musicale dans les principales stratégies de l’Armée du Salut. Aujourd’hui encore, les brass bands de l’Armée du Salut comptent parmi les meilleurs du monde. Il a été impliqué dans la sphère économique, créant des emplois et améliorant les conditions de travail pour tellement de monde. Nous pourrions parler de sa vision des femmes et de la façon dont il les a libérées dans le ministère et les responsabilités publiques. Par ses nombreux accomplissements, William Booth est une figure majeure du christianisme qui a amené la transformation dans de nombreux domaines. «Ce qui est remarquable, c’est que les Booth n’ont pas seulement confronté les réalités sociales et économiques, mais qu’ils ont aussi touché les cœurs des individus, en les changeant de l’intérieur,» écrit dans son ouvrage Corinne Gossauer-Perroz.[1] Cette ex-officière de l’Armée du Salut recense certaines des idées pionnières et révolutionnaires des Booth: la place des femmes, l’utilisation de la musique, la lutte contre la prostitution, en particulier pour les jeunes filles, la création d’un organisme capable de trouver du travail pour de nombreuses personnes sans emplois, la création d’un «service de recherche» pour les familles de personnes disparues. Il a même ouvert une fabrique d’allumettes où on utilisait du phosphore rouge, sans danger pour les ouvriers, contrairement aux autres fabriques qui utilisait du phosphore blanc, extrêmement toxique, voire mortel. Ils ont commencé à fabriquer jusqu’à six millions de boîtes par années, éveillant l’opinion publique. Avec cette nouvelle compétition, les autres fabriques ont dû changer leur méthode de fabrication.[2] Ce ne sont que quelques-uns des fruits remarquables de cet homme incroyablement consacré.
Mais dans ce document, je souhaite mettre l’accent sur ses idées révolutionnaires dans le domaine de l’éducation et de la famille. Ces contributions peuvent sembler anecdotiques en comparaison de celles mentionnées dans le paragraphe précédent, tant ses idées dans la politique, les médias, la célébration et l’économie ainsi que sa vision de la place des femmes se sont développées et sont maintenant largement acceptées, célébrées et sont devenues partie intégrante de la pensée populaire. Mais nous devons nous rappeler qu’elles étaient révolutionnaires à l’époque, et que William a dû passer par beaucoup de critiques et de menaces à cause d’elles.  
Je crois que ses idées sur l’éducation et la famille étaient tout aussi révolutionnaires, mais qu’elles ont été oubliées, ou du moins pas aussi largement acceptées que celles des quatre autres sphères. Et pour cette raison, je désire les exposer, discuter de leur pertinence encore aujourd’hui et de la façon dont elles peuvent nous conduire à de nouveaux modèles dans la formation et l’inclusion de nos enfants et de nos familles.
A cette époque, les enfants commençaient à être considérés, mais cela n’était pas encore descendu dans la mentalité populaire. Nous ne leur accordions pas trop de valeur, la mortalité infantile étant encore très élevée, en particulier parmi la population pauvre. A l’orée de la révolution industrielle, au 18ème siècle, les enfants étaient de plus en plus perçus comme des travailleurs, et la plupart d’entre eux était sans éducation et n’allaient pas à l’école. En Angleterre, de nombreux enfants travaillaient, parfois depuis l’âge de cinq ans, dans des mines de charbon, des fermes ou des usines. Pour de nombreuses familles, il était plus important qu’un enfant rapporte à la maison un maigre salaire qu’il ne reçoive une éducation. En 1821, près de 49% de la force de travail avait moins de vingt ans.[3] Avec leurs petites mains ou leur petite taille, ils étaient les seuls capables d’accomplir certaines tâches ou d’aller à certains endroits. Et comme les règles de sécurité étaient pratiquement non-existantes, nombre d’entre eux avaient des accidents et mouraient sur leur place de travail. Les parents et leurs enfants avaient de longues journées de travail, jusqu’à seize heures par jour et six jours par semaine. Les conditions familiales n’étaient pas idéales, avec l’alcoolisme et les châtiments corporels largement répandus. Comme l’a écrit George Scott Railton, le biographe officiel de William Booth, «à l’époque, et en fait jusqu’à ce que l’Acte des Enfants de 1909 entre en scène, il était habituel pour des milliers de mères d’emmener leurs bébés et leurs petits enfants dans les maisons publiques avec elles, tout ceci achevant la misère et la ruine familiale.»[4]
En 1780, Robert Raikes, éditeur d’un journal et chrétien engagé de Gloucester, visitait les prisonniers et était alarmé de voir le grand nombre d’enfants et d’adolescents dans les cellules. La plupart d’entre eux ne savaient ni lire ni écrire, et ils n’avaient aucun avenir. Il commença le mouvement de l’école du dimanche à la fin du 18ème siècle, avec l’objectif de donner une éducation aux masses le seul jour de libre de la semaine, le dimanche.[5] Ce mouvement grandit et se répandit dans toute la nation, puis dans d’autres pays protestants tout autour du monde.[6] En 1831, l’école du dimanche en Grande-Bretagne servait chaque semaine 1’250’000 enfants, ce qui représentait près de 25% de la population.[7] Ce mouvement amena des changements profonds dans la condition des enfants, influençant petit à petit l’opinion publique, avec la réduction du temps de travail quotidien, l’élévation de l’âge d’engagement des ouvriers puis, petit à petit, l’éducation obligatoire pour tous. Mais l’école du dimanche a eu tendance à se scléroser et à perdre son étincelle de vie avec les années, devenant à beaucoup d’endroits un programme de leçons ennuyeuses où l’on parque les enfants des églises.
Cependant, même après un siècle de progrès dans la condition des enfants, ceux que William Booth rencontrait dans les quartiers pauvres, ou les ghettos urbains étaient pratiquement dans les mêmes conditions que cent ans plus tôt. Il avait une passion pour la justice et la compassion. Il combattit pour l’amélioration des conditions sociales sur tous les fronts possibles. Sa vision était totalement holistique alors qu’il répondait aux besoins physique et sociaux des gens autant qu’aux besoins de leurs âmes. Il ne pouvait pas séparer ces deux dimensions, croyant fermement qu’une transformation réelle ne peut venir que de l’intérieur – alors que votre cœur est changé, vous devenez capables de vivre une vie responsable, et beaucoup de ses officiers les plus capables étaient quelques années plus tôt certains des pires éléments de la société.  
Ce que je veux souligner dans ce document, c’est sa vision globale de la transformation, du discipulat et de la mission. Il a été sensible au sort des enfants à une époque où beaucoup ne leur accordaient aucune valeur.  Il les a vus non seulement comme des objets de mission (nous avons besoin d’en prendre soin et d’agir en leur faveur), mais également comme des agents de mission (ils ont un potentiel et peuvent être utilisés par Dieu).
Certains de ses officiers sont d’ailleurs devenus chrétiens à un très jeune âge par les activités de l’Armée du Salut, comme nous le montrent les quelques exemples suivants:

Dieu a accompli des miracles parmi les enfants dans tous les pays, de sorte que nous avons maintenant des milliers d’officiers qui ont été gagnés dans leurs jeunes années par ce travail auprès des enfants…[8]

Beaucoup de nos officiers principaux actuels se sont réellement convertis avant l’âge de dix ans; ainsi, à trente ans, ils étaient déjà des vétérans dans le combat.[9]

L’autre jour, j’ai entendu un capitaine expliquer comment il a été «recruté» dans l’Armée à l’âge de dix ans […] Même si des gens le trouvaient trop jeune ce soir-là, Dieu l’a entendu et sauvé, et il combat aujourd’hui sous notre drapeau aux Indes Occidentales.[10]

Et d’autres, qui dans leurs jeunes années sont venus à Christ, occupent maintenant des positions de responsabilité tout autour du monde. L’un d’entre eux se souvient alors qu’il n’était qu’un adolescent de quinze ans, avoir entendu le Général […] Et nous n’avons aucun moyen de calculer combien de tels disciples juvéniles ont été semblablement aidés par le général à entrer dans une vie conquérante.[11]

Ces exemples, comme de nombreux autres que nous verrons plus loin, nous montrent que William Booth considérait que pour éradiquer la pauvreté et transformer la société, vous devez commencer quand les gens sont jeunes, et qu’en fait plus ils sont jeunes, mieux c’est. Et pour changer la société, vous devez impliquer les gens activement dans le processus de transformation, ici aussi sans devoir attendre qu’ils soient adultes. Ils peuvent commencer à servir comme «petits soldats» dans son armée transformationnelle depuis leur plus tendre enfance.  




[1]. Corinne Gossauer-Perroz, Prier 15 jours avec William et Catherine Booth, Fondateurs de l’Armée du Salut (Bruyères-le-Châtel: Nouvelle Cité, 2008), p. 10.
[2]. Gossauer-Perroz, p. 15.
[3]. Citizenship, “A history of people, rights and power in Britain: The struggle for Democracy 1789-1906”, http://www.nationalarchives.gov.uk/pathways/citizenship/struggle_democracy/childlabour.htm, (consulté le 10 septembre 2014).
[4]. George Scott Railton, The Authoritative Life of General William Booth (George H. Doran Company, 1912), p. 173.
[5]. Vishal Mangalwadi, The Book that made your World (Nashville, TN: Thomas Nelson, 2011), pp. 216-217.
[6]. Nathaniel Hawthorne, A Good Man’s Miracle, 1844, http://www.eldritchpress.org/nh/gmm.html (consulté le 10 septembre 2014).
[7]. Believer’s Web, “Robert Raikes, 1736-1811, Sunday School Movement”, http://www.believersweb.org/view.cfm?ID=143 (consulté le 10 septembre 2014).
[8]. Railton, p. 317.
[9]. Ibid., p. 319-320.
[10]. Ibid., p. 334.
[11]. Ibid., p. 335.