mardi 9 janvier 2018

Thèse de Guy 19


Robert Raikes et le mouvement de l’école du dimanche



Alors que nous arrivons au terme du 18ème siècle, il est temps de parler de Robert Rikes et du mouvement de l’école du dimanche. Robert Raikes était imprimeur et éditeur du Gloucester Journal en Angleterre. Pendant ses congés, il visitait souvent les prisonniers dans les geôles de Gloucester. Il y trouvait les parias de la société vivant dans les circonstances les plus alarmantes. La plupart d’entre eux étaient malades, ou même mouraient de surcharges de travail. Ils vivaient dans des espaces confinés et insalubres, surpeuplés avec pratiquement aucune nourriture. Même des enfants se trouvaient parfois emprisonnés avec les pires criminels. Robert en était triste, mais il ne savait pas que faire. Pourtant, il a commencé à en parler dans son journal. En fait, «l’amélioration des conditions de détention à la fin du siècle en Angleterre est largement due à Robert Raikes et à son journal, qu’il utilisait comme instrument pour toucher l’opinion publique en faveur des classes défavorisées qui souffraient.»[1]



Raikes a été frappé par la situation des enfants. La plupart de leurs parents étaient soit morts, soit en prison. Ils travaillaient douze heures par jour, voire davantage, dans les moulins et les filatures. Les gens les appelaient «les esclaves blancs d’Angleterre». Il a décidé de démarrer une école du dimanche pour leur enseigner à écrire et à lire pendant une partie de la journée, et leur enseigner la Bible pendant l’autre partie. Il ne lui a pas fallu longtemps pour rassembler une centaine d’enfants entre six et quatorze ans. Même s’ils n’étaient enseignés qu’un seul jour par semaine, leur comportement a commencé à s’améliorer. Maintenant, ils avaient quelque chose pour quoi se réjouir après avoir travaillé si dur chaque jour de la semaine. Les policiers de la ville rapportèrent à Robert que les enfants ne volaient et ne se battaient plus autant qu’avant.[2]



Robert attendit trois ans pour voir si ses écoles du dimanche avaient du succès. Puis il imprima une histoire décrivant ces nouvelles écoles du dimanche. Bientôt, près de quatre mille nouvelles Ecoles du dimanche ont été démarrées dans des villes de toute l’Angleterre. Robert a même utilisé sa presse d’imprimerie pour publier des livres de lecture, d’orthographe, d’étude biblique et des portions des Ecritures pour les écoles du dimanche. Un jour, il dit à son ami le révérend Stock: «Thomas, mon père est mort, et avant lui son père est mort. Un jour, nous allons vieillir et mourir à notre tour. Mais le monde ne va pas mourir avec nous. Le monde avance par les pieds des petits enfants.» Il existait déjà des écoles du dimanche avant Raikes, mais il a réussi à répandre la vision par son journal et à en faire un mouvement.[3]



Le mouvement de l’école du dimanche a eu un immense impact social. Adam Smith, le célèbre économiste de l’époque, a écrit à son sujet: «Aucun projet n’a promis d’entraîner un tel changement dans les manières avec une facilité et une simplicité aussi grande depuis l’époque des apôtres.»[4] En juillet 1784, John Wesley a écrit dans son journal que des écoles du dimanche «surgissaient partout.»[5] En 1831, lorsque Lord Shaftesbury dévoila la statue créée en l’honneur de Raikes (mort en 1805), les écoles du dimanche en Grande-Bretagne enseignaient 1’250’000 enfants chaque semaine, approximativement vingt-cinq pour cent de la population.[6] Comme ces écoles ont précédé la première étape de financement des écoles pour la population générale, elles sont perçues comme les précurseurs du système scolaire anglais actuel.



Edwin Rice, dans son livre The Sunday School Movement and the American Sunday School Union, indique qu’une des motivations de Raikes était la réforme du pays, à commencer par les enfants. Rice a posé la question en se mettant dans la peau de Raikes: «Le vice peut-il être prévenu? Si c’est le cas, mieux vaut prévenir le crime que de le punir. Ces masses ignorantes peuvent-elles être élevées hors de cet état vicieux et misérable?» Rice semble également avoir cité Raikes quand il a utilisé la phrase: «Le fait de planter des semences constitue un complot pour faire croître quelque chose de digne et de respectable à partir des taudis grouillants et des souillures morales.»[7]



Ainsi, la vision de Raikes n’était pas uniquement religieuse. L’Ecole du dimanche était bien plus qu’un programme d’occupation et de divertissement pour les enfants pendant le culte du dimanche matin, ou même qu’une volonté de les informer au sujet de Dieu. Sa vision consistait à amener la transformation dans la société, en commençant par les enfants, en leur donnant les moyens de sortir de leur condition de pauvreté et d’espérer un avenir meilleur. C’était une réponse réelle aux problèmes réels de son époque. Et pour lui, l’éducation n’était clairement pas la seule réponse. L’éducation devait aller main dans la main avec la lecture de la Bible et l’enseignement pour développer la dimension morale des enfants.  



Les fondateurs de l’école du dimanche plaçaient plus de valeur sur la formation proactive pour les enfants afin qu’ils apprennent les bons comportements que sur la formation réactive pour les adultes afin qu’ils désapprennent les mauvais comportements. Si l’enfant pouvait apprendre la moralité et établir de bons fondements éthiques dès son plus jeune âge, alors la société dans son ensemble en bénéficierait demain.[8]



Il est maintenant temps de mentionner trois hommes dont le ministère pendant la seconde moitié du 19ème siècle dépassait largement le cadre des enfants et des familles, mais qui ont malgré tout considérablement contribué à préparer la jeune génération: William Booth, Charles Haddon Spurgeon et Dwight Lyman Moody.



[1]. Elmer L. Towns, «Robert Raikes: A Comparison With earlier Claims to Sunday School Origins,» consulté le 17 décembre 2014, http://www.biblicalstudies.org.uk/pdf/eq/1971-2_068.pdf, 72.

[2]. «Robert Raikes and How we Got Sunday School,» Christianity.com, consulté le 17 décembre 2014, http://www.christianity.com/church/church-history/church-history-for-kids/robert-raikes-and-how-we-got-sunday-school-11635043.html.

[3]. Ibid.

[4]. John Rae, Life of Adam Smith (London & New York: Macmillan & Co, 1895).

[5]. «Robert Raikes,» Spartacus Educational, consulté le 17 décembre 2014, http://spartacus-educational.com/EDraikes.htm.

[6]. Towns, «Robert Raikes: A Comparison with Earlier Claims to Sunday School Origins,» p. 81.

[7]. Ibid., pp. 73-74.


[8]. Dr. Darren W. Thomas, The Role, History, and Decline of the Sunday School, consulté le 17 décembre 2014, http://eridan.websrvcs.com/clientimages/36689/historyofthesundayschool.pdf, p. 3.