vendredi 24 novembre 2017

Thèse de Guy 6


Nous commençons cette semaine le chapitre sur les enfants et les familles dans l'histoire de l'Eglise. Bonne lecture...

3. Arrière-plan historique 
Comment l’église a-t-elle approché la formation et l’accompagnement des enfants tout au long de son histoire? Quel a été l’accent que Dieu a placé à chaque époque? 
Cette section vous propose un large survol des enfants dans l’histoire de l’église, et je propose de l’organiser en plusieurs étapes chronologiques:
  I.   L’église primitive et médiévale, avec un accent principal sur la vérité au sujet des enfants (doctrine) et l’ordre pratique dans le foyer.  
II.    La Réforme, avec un accent principal sur l’éducation des enfants dans la vérité et le développement de l’éducation chrétienne.  
III.   L’ère moderne, avec un accent sur l’éducation des enfants dans l’Esprit et le fait de les inviter à vivre le salut, l’implication spirituelle, la vie de l’Esprit et la mission.  
IV.   J’ajoute une section spéciale pour décrire la montée des organisations et des ministères interdénominationnels à la fin de l’ère moderne.
V.    L’ère postmoderne de globalisation, de réseautage et de pensée du Royaume.  

Dans notre conclusion, nous allons tenter de comprendre les temps dans lesquels nous vivons et la façon dont ce cheminement du travail parmi les enfants dans l’histoire de l’Eglise peut nous préparer pour le prochain mouvement de Dieu. 

I. L’église primitive et médiévale – La vérité au sujet des enfants

Les pères de l’Eglise

Lorsque l’Eglise a démarré après la Pentecôte, nous n’entendons pas beaucoup parler des enfants, du moins de leur formation. Certains pères de l’Eglise ont écrit à leur sujet, donnant des indices simples, mais importants sur la valeur des enfants et sur leur éducation dans l’église primitive.
Nous lisons par exemple dans la lettre de Barnabas  (74 après J.-C.), 

Tu ne tueras pas l’enfant par un avortement; de même, tu ne le détruiras pas après sa naissance. Tu ne retireras pas ta main de ton fils, ou de ta fille, mais depuis leur tendre enfance tu leur enseigneras la crainte du Seigneur.[1]
 
Ceci était important à une époque où le pater familia romain, le père de famille, avait un droit de vie ou de mort sur ses propres enfants. Les chrétiens ont commencé à recueillir les bébés abandonnés par leurs parents et à les élever comme si c’était les leurs. Si des païens recueillaient aussi de tels enfants abandonnés, c’était la plupart du temps pour des desseins immoraux. Justin Martyr a dénoncé au second siècle (env. 100-165 ap. J.-C.) la pratique de l’abandon des enfants: 

Quant à nous, on nous a enseigné qu’exposer des enfants nouveau-nés est le fait d’hommes mauvais… Nous refusons de le faire, premièrement parce que nous voyons que pratiquement tous ceux qui sont ainsi exposés – les garçons comme les filles – sont ensuite élevés pour la prostitution. Comme on disait des anciens qu’ils élevaient des troupeaux de bétail, de chèvres, de moutons ou de chevaux, nous voyons maintenant que vous élevez des enfants pour des desseins honteux.[2]

Pourquoi l’attitude des premiers chrétiens envers les enfants était-elle si inhabituelle? Simplement parce qu’elle reconnaissait l’enfant comme une personne. Tant les enfants que les adultes étaient égaux dans le royaume de Dieu. Les chrétiens enseignaient que Dieu se préoccupait des enfants, aussi bien que des esclaves, des femmes ou des barbares, autant qu’il se préoccupait des hommes. L’entrée dans le royaume de Dieu ne dépendait pas de la richesse, du statut, de l’éducation ou du mérite personnel. Par conséquent, le salut était offert aux enfants autant qu’aux adultes.[3]

Bien que les enfants soient acceptés comme faisant partie de l’église primitive, il n’y avait pas de programmes d’éducation chrétienne pour les enfants. Il y avait des classes pour les catéchumènes ou ceux qui souhaitaient rejoindre l’église, mais pas de classes spécifiques ou d’écoles pour les enfants. Ceci était dû en partie à la pauvreté de l’Eglise primitive et à la persécution que l’Eglise a enduré pendant les premiers siècles. Et il y avait la conviction qu’une telle formation était premièrement du ressort des parents. Plusieurs responsables d’église ont écrit des lettres et des sermons pour les parents en les instruisant de donner une éducation chrétienne adéquate à leurs enfants.  

Clément de Rome, pape à la fin du premier siècle, a écrit quelques années plus tard:

Honorons ceux qui sont établis au-dessus de nous; respectons nos anciens, instruisons nos jeunes hommes dans la discipline et la crainte du Seigneur … Que nos enfants prennent part à l’instruction du Christ; qu’ils apprennent quel grand profit l’humilité procure devant Dieu, quel pouvoir un amour pur représente devant lui, combien sa crainte est grande et excellente, elle qui nous sauve pour vivre en lui dans la sainteté avec une conscience pure.[4]
 
Il ajoute: «La principale leçon pour la vie doit être mise en œuvre dans l’âme dès le plus jeune âge. La principale leçon pour les enfants consiste à connaître le Dieu éternel, Celui qui donne la vie éternelle.»[5]

      Polycarpe (69-155 ap. J.-C.) encourage aussi les mères à «éduquer leurs enfants dans l’instruction et la crainte de Dieu.»[6] Peu avant son martyr à l’âge de quatre-vingt-quinze ans, il déclare: «Pendant quatre-vingt-six ans, j’ai servi le Seigneur.»[7] Un signe que pour lui, il servait déjà Dieu en tant qu’enfant? 

      Lactance (250-325 ap. J.-C.) a mis l’accent sur l’exemple montré par les parents: «Les choses que les parents enseignent à leurs enfants ne peuvent pas avoir de poids à moins qu’ils ne soient les premiers à les pratiquer.»[8]



[1]. Auteur inconnu, The Epistle of Barnabas, XIX:10, The Crossroads initiative, consulté le 13 novembre 2014, https://www.crossroadsinitiative.com/library_article/172/Letter_of_Barnabas.html.

[2]. Diane Severance, «Jesus Loved Children,» Christianity.com, consulté le 23 février 2015, http://www.christianity.com/church/church-history/timeline/1-300/jesus-loved-children-11629553.html.

[3]. Ibid.

[4]. Clément de Rome, «Epistle to the Corinthians, XXI:6-8,» dans A Translation of the Epistles of Clement of Rome, Polycarp and Ignatius, ed. Rev. Temple Chevallier (Cambridge, UK: J. J. Deighton, 1883), p. 23.

[5]. Clément de Rome, cité dans «Church Fathers on Education,» Saint Herman School, consulté le 13 novembre 2014, http://sainthermanschool.org/assets/files/Church%20Fathers%20on%20Education.pdf.

[6]. Polycarpe, «Epistle to the Philippians, IV,» dans A Translation of the Epistles of Clement of Rome, Polycarp and Ignatius, ed. Rev. Temple Chevallier (Cambridge, UK: J. J. Deighton, 1883), p. 63.

[7]. The Martyrdom of Polycarp, traduit par J.B. Lightfoot, résumé et modernisé par Stephen Tomkins, édité et préparé pour le web par Dan Graves, Christian History Institute, consulté le 17 décembre 2014, https://www.christianhistoryinstitute.org/study/module/polycarp/.


[8]. Lactance, «Church Fathers on Education,» Saint Herman School, consulté le 13 novembre 2014, http://sainthermanschool.org/assets/files/Church%20Fathers%20on%20Education.pdf.