mercredi 24 août 2011

Responsabiliser son enfant - 28

La famille d’aujourd’hui
La famille d’aujourd’hui compte moins d’enfants qu’auparavant et, de façon générale, le temps disponible pour la vie familiale est moindre. Désirant le consacrer à des activités familiales, les parents oublient souvent de donner aux enfants des tâches à accomplir. Ils se chargent eux-mêmes de toutes les tâches, voulant éviter des négociations interminables avec leurs enfants. On constate ainsi un problème de discipline et de responsabilité. Il y a là peut-être une lacune importante qui prive les jeunes d’un bel apprentissage.
La famille d’aujourd’hui se définit par la présence de liens d’alliance ou de descendance ; elle est constituée d’un couple marié ou non, avec ou sans enfants à la maison, ou elle est constituée d’une personne sans conjoint vivant avec un ou plusieurs de ses enfants.
Le nombre d’enfants par famille a fortement diminué. Cette donnée doit être prise en considération. En effet la distribution des responsabilités ne se fera pas de la même façon dans une famille qui compte cinq enfants et dans une autre qui n’en compte qu’un seul. Les besoins familiaux sont également fort différents. N’oublions pas également que l’enfant unique n’a pas de modèle sur lequel se baser comparativement aux enfants de famille nombreuse où l’aîné a plus souvent qu’autrement pavé la voie.
Les différences entre garçons et filles
La question des différences entre garçons et filles est en vogue depuis quelques années. Il est tout à fait légitime de proposer qu’il y ait une égalité dans l’octroi des responsabilités aux garçons et aux filles. Dans de nombreuses écoles, les différents intervenants attribuent les mêmes responsabilités aux filles et aux garçons. Mais plusieurs stéréotypes subsistent. Ainsi, autour de l’adolescence, nous tendons à modifier cette égalité et à leur donner des responsabilités différentes. Quelques chercheurs se sont penchés sur cette question et en arrivent à une certaine conclusion.
Un chercheur, Cheal[1], a réalisé en 2003 une enquête auprès d’enfants de 10-11 ans. Cette enquête porte sur les rôles sexués ainsi que sur le temps disponible des parents. Ces deux éléments étaient abordés comme influençant l’octroi des responsabilités aux enfants.
Les résultats de l’enquête laissent voir que les filles passent plus de temps aux tâches ménagères que les garçons. Quant à la théorie du temps disponible, l’enquête conclut que moins les parents ont de temps disponible, plus les tâches des enfants augmentent. Elle permet également de voir que plus il y a d’enfants dans une famille, plus grand est le besoin des parents d’être aidés dans les tâches familiales.
Ce même auteur avance de plus qu’une bonne relation avec les parents favorise l’accomplissement des tâches au nombre desquelles il mentionne : 1 – faire son lit ; 2 – ranger sa chambre ; 3 – ranger ses affaires dans la maison ; 4 – garder les zones communes propres ; 5 – exécuter des tâches de routine (pelouse, vidange…).
Les facteurs qui favoriseraient l’exécution des responsabilités sont dans l’ordre : 1 – le sexe de l’enfant (les filles davantage que les garçons) ; 2 – les parents qui s’investissent dans les activités de bénévolat ; 3 – la relation positive parent-enfant ; 4 – le nombre d’enfants de moins de 17 ans dans la maison. Ces facteurs relèvent de la socialisation des enfants, des parents comme modèles, de la relation parent-enfant et des besoins des familles.
Par ailleurs, l’auteur ajoute que le statut d’emploi des parents n’a pas toujours de signification relativement aux responsabilités des enfants. Ainsi, il n’est pas automatique que des parents qui ont le statut d’employé offrent plus de responsabilités à leurs enfants.
L’auteur a aussi découvert que les garçons assument peu de responsabilités quand aucun des parents ne travaille. Ils en assument quelques-uns quand l’un des deux parents travaille et beaucoup de responsabilités quand les eux parents ont un emploi à l’extérieur. L’auteur considère que les responsabilités assumées par les garçons répondent aux besoins des parents et de la maison ; ils répondent aux demandes parentales.
Quant aux filles, elles assument beaucoup de responsabilités lorsque l’un des parents travaille (il s’agit souvent du père). Elles en assument peu lorsqu’aucun des parents ne travaille et davantage lorsque les deux parents travaillent.
L’hypothèse de Cheal est que les filles prennent davantage modèle sur la mère lorsque cette dernière est à la maison. En bref, les garçons et les filles ont des rapports différents quant aux responsabilités et aux tâches domestiques.
D’autres auteurs, Pomerantz et Ruble[2] par exemple, soutiennent que les filles ont tendance à prendre davantage que les garçons la responsabilité de leurs échecs. Ils mentionnent également que l’anxiété touche davantage les filles. En prenant la responsabilité de leurs échecs, les filles connaissent de plus grands succès, mais cela peut également les mener vers l’anxiété et la dépression.
De ces diverses recherches se dégagent plusieurs leçons fort importantes. La première est que les enfants se modèlent sur ce qu’ils observent. En parlant des responsabilités chez l’enfant, il est donc inévitablement question du sens des responsabilités des parents. Ceux-ci sont les premiers modèles de l’enfant. C’est ainsi que les filles sont plus orientées vers des tâches ménagères alors que les garçons accomplissent es tâches qui sont marquées d’une certaine urgence.
La société change, et les garçons autant que les filles peuvent accomplir des tâches identiques. Nous ne pouvons qu’encourager de tels changements. Toutefois, les recherches nous indiquent que les rôles sont encore sexués. En somme, il faut quand même spécifier que la question du sens des responsabilités chez l’enfant n’est pas une question de genre, il s’agit d’un apprentissage.


[1] D. J. CHEAL, « Children’s home responsabilities : factors predicting children’s household work ». Social Behavior and Personality, 2003, 31 (8), pp. 789-794
[2] E. M. POMERANTZ et D. N. RUBLE, « The role of maternal control in the development of sex differences in child self-evaluative factors », Child Development, 1998, 69 (2), pp. 458-478
16 Octobre 2010

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