mercredi 24 août 2011

Responsabiliser son enfant - 20

Qu’est-ce qu’une discipline incitative ?
Cette forme de discipline, tout en étant ferme sur des valeurs et des règles, encourage et valorise les comportements positifs chez l’enfant, tout en lui apprenant le sens des responsabilités. Elle vise à actualiser ses forces, contrairement à la discipline répressive, qui se limite à être réactive afin d’éliminer les comportements que le parent n’accepte pas. Pour réaliser le passage d’une discipline répressive à une discipline incitative, certains parents doivent changer leur mentalité et appliquer le principe des trois R.
Reconnaissance
Il faut souligner régulièrement les bons comportements en félicitant les enfants afin qu’ils soient conscients de la valeur de leurs gestes. Lorsque la relation est tendue entre le parent et l’enfant, il est rassurant pour ce dernier de savoir qu’il fait parfois des choses qui sont valorisées par le parent. Trop d’enfants ayant un bon comportement nourrissent une faible estime d’eux-mêmes, car on néglige de souligner le positif en eux. L’estime de soi, c’est la conscience de la valeur qu’on se reconnaît ; or, pour que cette conscience s’établisse, l’enfant a besoin de réactions positives de la part des adultes qu’il aime.
Dans certains cas, on peut utiliser des récompenses concrètes en guise de reconnaissance, mais il est important de préciser que plus la relation est forte entre un enfant et un adulte, plus les félicitations de ce dernier portent fruit.
Nous avons souvent l’occasion de rencontrer des parents marchandeurs, qui rétribuent leur enfant avec de l’argent et toutes sortes de récompenses pour bavoir la paix ou pour motiver les jeunes à faire certaines tâches domestiques ou à assumer d’autres responsabilités. Certains parents avouent qu’ils ont établi une liste d’honoraires pour chacune de ces tâches : faire son lit, débarrasser la table, ranger sa chambre… C’est là une solution facile qui traduit souvent un manque de moyens. Cela empêche les enfants de manifester ces belles valeurs que sont le don de soi, la générosité et le sens des responsabilités.
Des récompenses matérielles bien dosées et ponctuelles encouragent les enfants, surtout quand ils sont petits. Il est important de souligner qu’une récompense touche plus l’enfant et produit de meilleurs effets quand elle n’est pas annoncée à l’avance.
Il y a tout de même du danger à utiliser systématiquement des récompenses matérielles ou des systèmes d’émulation avec des renforcements. Voici quelques exemples du danger encouru :
·         Dépendance de l’enfant envers les récompenses
·         Manque de reconnaissance de l’effort chez l’enfant
·    Difficulté d’observer et de noter tous les comportements souhaités et prévus dans le système d’émulation
·        Concurrence entre les enfants pour obtenir les récompenses[1]
Plus le lien entre le parent et l’enfant est fort et inconditionnel, moins le parent a besoin de recourir systématiquement à des récompenses matérielles pour imposer une saine discipline. Le sens des responsabilités ne s’achète pas. Il s’appuie avant tout sur la conscience morale de l’enfant.
Réparation
On encourage les comportements valables lorsqu’on demande à l’enfant de réparer une faute en faisant des gestes constructifs. En appliquant systématiquement ce principe, on enseigne aux enfants à être en relation avec leur entourage sur un mode constructif.
Il nous semble important que l’enfant se sente coupable après un écart de conduite qui met en cause une valeur importante aux yeux du parent. Ce sentiment de culpabilité naît d’une conscience morale en développement. Néanmoins, nous avons constaté que beaucoup d’enfants ne vivent pas ce sentiment. Une des hypothèses expliquant cette situation est la propension à tout faire pour éviter que les enfants se sentent coupables, propension que l’on retrouve chez plusieurs parents. Ce faisant, on tend à enlever à l’enfant toute responsabilité personnelle dans les événements. Le jeune ne se sent pas coupable et ne cherche pas à s’améliorer. Cette attitude parentale est plus fréquente chez les parents qui ont subi une éducation culpabilisante durant leur enfance. Par réaction, ils cherchent à éviter à tout prix que leurs petits trésors se sentent coupables ou qu’ils subissent le même sort qu’eux-mêmes. Ces parents ont tendance à justifier les écarts de conduite de leurs jeunes ou à projeter les torts sur l’école. Sans le vouloir, ces parents nuisent au développement de la conscience morale et du sens des responsabilités chez leurs enfants.
Pour réduire ce phénomène, il nous semble important que le parent intervienne fermement auprès de son enfant quand il n’a pas respecté une valeur importante. Il est possible que le jeune se sente coupable pendant un certain temps. Toutefois, il vaut beaucoup mieux pour l’enfant et, plus tard, pour la société, qu’il vive à l’occasion de petits conflits névrotiques plutôt que d’en faire un psychopathe.
Lorsqu’un enfant agit de façon répréhensible, il est normal qu’il se sente coupable ou mal à l’aise. En réparant sa faute, il assume ses responsabilités et se sent donc moins coupable. Il constate que le parent lui accorde le droit à l’erreur. Sans réparation, la situation est inachevée ; avec la réparation, on boucle un épisode et on passe à autre chose, sans pour autant banaliser la transgression.
Quand un parent fait un retour sur une situation conflictuelle avec son enfant, il est important qu’il encourage celui-ci à utiliser le « je ». La personnalisation incite l’enfant à s’approprier ses actes. Par exemple, en disant « j’ai fait cela », l’enfant démontre qu’il sait que l’action n’est pas arrivée par magie. Il personnalise son action et reconnait sa responsabilité dans l’événement.
Rachats
Comme conséquence par soustraction, on enlève parfois des privilèges aux enfants qui ont eu des écarts de conduite. Dans la perspective du développement de l’estime de soi, il importe d’accorder à l’enfant la chance de « racheter » un privilège perdu s’il s’est bien comporté pendant une période déterminée à l’avance. Des parents et enseignants dominateurs et répressifs n’ont pas cette tendance. Donner à l’enfant une chance de se reprendre, c’est lui démontrer qu’il peut réparer une erreur commise et c’est aussi lui pardonner. Il est important de comprendre que lorsqu’on pardonne peu à un enfant, celui-ci vit un sentiment d’incompréhension et, plus tard, il a tendance à ne pas pardonner au parent. Le rachat montre à l’enfant qu’il a droit à l’erreur. Cette possibilité qu’on lui offre de se reprendre incite l’enfant à voir l’adulte comme un être souple et chaleureux, qui reconnaît ses efforts.


[1] S. BOURCIER, Dangers de l’utilisation des systèmes d’émulation utilisant des récompenses matérielles dans le contexte d’un groupe d’enfants d’âge préscolaire. Texte inédit. 2000
23 Août 2010

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