mercredi 24 août 2011

Responsabiliser son enfant - 19

D’une discipline répressive à une discipline incitative
La détermination du parent, son calme et la clarté de ses valeurs suffisent, la plupart du temps, pour que l’enfant adopte des comportements positifs. Prendre le temps d’écouter l’enfant, respecter son opinion, utiliser l’humour, à l’occasion, voilà de bonnes attitudes parentales pour éviter que l’enfant se retire en contestant l’autorité. Ces attitudes sont d’abord alimentées par la relation affective. Un enfant qui se sent investi et écouté perçoit qu’il est important et pris au sérieux par ses parents. Il cherche moins à attirer l’attention et à transgresser des règles de conduite. Il tolère davantage les retards et les frustrations.
Toutefois, les parents doivent accepter que l’enfant proteste devant certaines règles de conduite. Il est important qu’ils favorisent sa pensée critique, tout en tenant compte de la réalité. Les parents ne doivent pas se sentir menacés ou rejetés par les argumentations de leur enfant.
Qu’est-ce qu’une discipline répressive ?
Cette forme de discipline, malheureusement la plus courante, se limite à réprimer les comportements perturbateurs en négligeant d’encourager et de valoriser les bons comportements. Avec une telle discipline, les parents prêtent plus attention aux comportements négatifs, ce qui fait que les enfants ayant compris cette situation tendent à répéter ces comportements afin qu’on s’occupe d’eux.
Il est normal que certains comportements exaspèrent les adultes. Dans de telles situations, ceux-ci perdent souvent de vue les qualités de l’enfant, ils s’éloignent et deviennent répressifs. Toutefois, quand le parent a souligné à plusieurs reprises les bons coups de l’enfant, ses comportements favorables et ses qualités, celui-ci accepte beaucoup plus facilement les moments d’impatience du parent. Une discipline répressive se manifeste souvent dans les paroles.
Manifester son autorité par des punitions dans le but de soumettre l’enfant à ses exigences constitue une attitude dominatrice et répressive. Elle suscite inévitablement de la rancœur chez le jeune. Lorsque ce dernier obéit au doigt et à l’œil, il craint d’être rejeté et il a peur du parent. Ce n’est pas là une attitude de respect, mais plutôt de soumission. La discipline répressive est souvent liée au fait que des parents ont conservé une mentalité de punition, en souhaitant qu’elle soit sévère et mortifiante pour garantir la disparition d’un comportement inacceptable. Voilà une forme de dressage déguisé.
En général, les punitions entrainent une escalade de comportements néfastes. Le parent commence par une petite réprimande, souvent moins forte que la tentation qui le tenaille, mais cela ne produit aucun effet chez l’enfant. Le parent se sent alors obligé de lui faire subir une punition plus sévère, et une autre encore, et cela monte en crescendo jusqu’à ce que le parent soit à court de punition et qu’il perdre le contrôle. Il ne reste alors qu’un pas à franchir avant de passer au châtiment corporel.
Or, la conscience morale et le sens des responsabilités personnelles ne peuvent se développer par des punitions.  Celles-ci empêchent souvent les enfants de tirer des leçons de leurs comportements inadéquats. Elles les empêchent de comprendre leurs responsabilités personnelles. Les règles sont souvent transgressées dès que les parents ont le dos tourné. Ainsi, les enfants apprennent rapidement le principe du « pas vu, pas puni », plutôt que de comprendre leurs responsabilités en voyant les conséquences de leurs actes.
Quand un parent est plus répressif qu’incitatif,  il se crée un climat de suspicion entre lui et l’enfant, ce qui creuse un fossé d’autant plus profond que le parent cherche à réprimer le comportement de sn enfant par des châtiments corporels. Dans le langage populaire, on entend parfois, pour parler de la discipline avec les enfants, des phrases comme « je lui ai donné une bonne fessée » ou « je l’ai tapé pour son bien », comme si on voulait donner un caractère positif aux punitions corporelles. Or une fessée peut-elle être « bonne » alors qu’on inflige de la douleur ? Peut-on vouloir le « bien » de son enfant en lui faisant « mal » ?
Sylvie Bourcier et Germain Duclos ont écrit un article dénonçant les méfaits des punitions corporelles chez l’enfant. En voici quelques extraits :
« La punition corporelle est une mesure répressive ou de conditionnement par aversion. Cette forme négative de discipline vise à éliminer un comportement inacceptable chez l’enfant. C’est une pratique très courante dans le dressage des animaux domestiques. Malheureusement, elle sert trop souvent à l’adulte comme exutoire ou comme moyen de libération de sa propre tension ou de sa colère. Il est pourtant généralement admis que les coups donnés aux enfants sont généralement inefficaces à long terme. Les châtiments corporels imposent à court terme une obéissance de l’enfant, mais à long terme, ils produisent de la peur, de l’agressivité, un désir de révolte et de vengeance et la volonté d’occuper à son tour une position de pouvoir. Ainsi, la violence physique envers les enfants est souvent à l’origine de la violence chez les adultes.
« Qu’en est-il des effets affectifs et sociaux des punitions corporelles chez les enfants ? Ce qui est le plus précieux pour un enfant, c’est son lien avec ses parents. Lorsqu’il reçoit des coups du parent aimé, l’enfant devient confus quand à la sincérité de l’amour du parent : il est difficile pour lui de comprendre qu’on l’aime en le faisant souffrir.
« Devant la violence physique, il est inévitable que l’enfant ressente de l’insécurité. Essayons d’imaginer ce que vit un enfant de 15 kilos qui se fait frapper par un adulte de 75 kilos : il a peur que l’adulte abuse de sa force et lui inflige des blessures.  Il est fort possible qu’il adopte au quotidien un comportement défensif, une hypervigilance ou une méfiance envers les adultes de son entourage.
« Quand un parent frappe son enfant, il ne lui donne pas un exemple de maîtrise de soi, de respect de l’autre et du sens des responsabilités. En agissant ainsi, le parent signifie à l’enfant qu’on peut résoudre un problème par la violence physique. L’enfant apprend que le recours à l’agression corporelle est une façon acceptable de résoudre un problème avec les autres.
« On pourrait, à titre de mesure préventive, interdire tout châtiment corporel envers des enfants. En effet, il y a danger d’escalade chez certains parents. Il est prouvé que les formes mineures de punition corporelle augmentent les risques de dérapage vers des formes plus violentes.
« Certains enfants sont victimes de sévices corporels, mais ils défendent le parent. Tout enfant veut protéger la relation qu’il a avec ses parents, même si elle comporte de l’abus et des agressions. L’enfant a besoin de se convaincre que son parent l’aime. Pour mériter cet amour, il apprend à refouler sa peur, sa colère et même sa douleur afin de ne pas menacer la relation.
« Par ailleurs, un enfant qui se fait battre finit par développer une faible estime de lui-même. Il déduit de la répétition des châtiments corporels à son égard qu’il n’a pas de valeur aux yeux du parent. Il se dit qu’on ne l’aime pas assez pour le protéger.
« Quelle que soit notre méthode éducative, nous influençons nos enfants. A nous de choisir quelle influence nous voulons exercer. Selon un proverbe allemand, un homme convaincu contre son gré n’a pas changé d’opinion. De la même manière, l’enfant soumis de force peut se taire et se restreindre par la peur, mais il vit indubitablement du ressentiment. Il apprend peu à peu à éviter les situations qui risquent de provoquer le co9urroux de ses parents. En ce sens, la punition corporelle est efficace.
« Notre influence sur nos enfants repose avant tout sur la qualité des relations que nous entretenons avec eux. Dans une relation de pouvoir et de domination, où la force est utilisée pour contrôler, l’enfant se dresse contre l’adulte. L’influence s’exerce alors par la peur et la dépendance. A l’inverse, une relation qui s’appuie sur l’amour et le respect pousse l’enfant à se responsabiliser.
« L’usage fréquent de châtiments corporels banalise les gestes de violence. Certains enfants prennent leur revanche sur les plus petits, car ils ont observé que les grands font de même et qu’avec la force, on obtient ce qu’on veut de l’autre.
« Presque tous les parents aiment profondément leurs enfants. En général, la punition corporelle n’est pas la manifestation d’un manque d’amour, mais plutôt l’effet d’un sentiment d’impuissance.[1]
A l’occasion, le parent le plus bienveillant peut s’énerver et commettre des erreurs. Il faut alors qu’il reconnaisse sa faute, et non qu’il la banalise en prétendant qu’il s’agit d’une méthode éducative efficace. On peut dire à l’enfant, « nous nous sommes trompés en manifestant notre colère par des coups, des gifles ». C’est une façon de lui démontrer d’une part que même un adulte peut se tromper et, d’autre part, qu’il est inacceptable de faire usage de la force pour exprimer sa colère ou pour obtenir gain de cause.
Il ne s’agit toutefois pas de taire notre déception ou notre mécontentement. L’enfant se rend compte que l’adulte est en colère, il sait décoder le ton de sa voix et son attitude corporelle. Chez le petit, ce double message peut être interprété de telle sorte que l’enfant apprend que la colère est répréhensible et qu’il doit la réprimer, puisque même l’adulte n’ose la dire. Il est essentiel que l’enfant sache ce que l’on pense de sa conduite. Que faire quand la colère nous fait voir rouge ?
Voici sept conseils pour garder son sang froid :
1.      Exprimer clairement son désaccord en préservant l’amour propre de l’enfant. Sa conduite déplaît, mais il doit pouvoir sentir que jamais son comportement ne fera fondre l’amour que ses parents lui portent. Attention aux paroles blessantes ou extrêmes.
2.    Agir et ré-agir avant d’atteindre le point de non-retour, quand l’escalade de la colère a atteint un tel sommet que la fessée devient inévitable. Ne pas attendre d’être à bout avant d’exprimer la désapprobation.
3.    Il faut apprendre à reculer (prendre de la distance), respirer et réagir. Par exemple, on peut s’isoler quelques instants dans les toilettes pour prendre du recul. On peut aussi envoyer l’enfant dans sa chambre pendant un certain laps de temps pour favoriser le retour au calme. L’impact de cette mesure éducative réside avant tout dans la coupure passagère du lien entre l’adulte et ‘enfant.
4.   Parler avec l’éducatrice ou l’enseignante. Le partage d’expériences et d’observations permet de mieux déterminer les besoins de l’enfant et de cibler les interventions susceptibles d’y répondre. Des attitudes éducatives cohérentes entre la famille et le milieu éducatif favorisent le changement de comportement d’un enfant.
5.    Se donner du temps de répit. Le stress relié à une vie trépidante exacerbe l’impatience. L’exercice, le plein air, la lecture, l’écoute de la musique, un bon bain ou un café en agréable compagnie permet de reprendre contact avec soi-même, avec la femme ou l’homme qui continue d’exister derrière le parent.
6.     Travailler en équipe avec son conjoint ou sa conjointe. Convenir d’un code pour indiquer à l’autre qu’il est temps qu’il prenne la relève. L’enfant constatera que ses deux parents partagent les mêmes valeurs. En adoptant les mêmes limites, les parents font grandement diminuer la ronde épuisante des négociations de l’enfant avec l’un et avec l’autre.
7.      Demander de l’aide extérieure si l’enfant fait souvent sortir les adultes de leurs gonds. Si l’adulte envisage la fessée ou développe une aversion pour l’enfant, ne pas attendre que la situation dégénère. Il faut chercher de l’aide ! Les parents ont alors l’occasion d’échanger sur les méthodes éducatives les plus susceptibles d’aider l’enfant.



[1] S. BOURCIER et G. DUCLOS, « La fessée au banc des accusés », Magazine Enfants Québec, novembre 2004
15 Août 2010

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