mercredi 24 août 2011

Responsabiliser son enfant - 18

La discipline, pour développer le sens des responsabilités
L’être humain a une tendance innée, et guidée par le principe de plaisir, à transgresser les règles. Néanmoins, celles-ci sont fondamentales pour prévenir la violence et favoriser la paix. Aussi, tout milieu a besoin de règles pour fonctionner. A l’école, à la maison ou à la garderie, les adultes sont tenus d’instaurer des règles de conduite ayant pour but de sécuriser l’enfant. En lui donnant des points de repère stables, l’adulte permet à l’enfant de s’adapter à son milieu tout en lui permettant d’intégrer des valeurs.
Des règles de conduite sécurisantes
Pour bien comprendre l’importance des règles de conduite qui sécurisent un enfant, prenons l’exemple d’une personne qui s’est égarée en forêt. Pour retrouver son chemin, elle cherche des points de repère (par exemple un ruisseau, une chute, un rocher). Si elle ne trouve rien après un certain temps, elle devient de plus en plus inquiète. Ensuite, la personne devient franchement paniquée. Et si, par hasard, elle débouche sur un chemin et qu’elle y reconnait une maison, elle ressent un sentiment de bonheur, la sécurité, car cette maison lui permet de s’orienter.
C’est là un exemple de sécurité physique, mais le même phénomène se produit sur le plan psychologique. Dans la vie, un enfant a besoin e règles de conduite pour s’orienter. Sinon, il peut développer à la fois un sentiment de toute-puissance (je peux faire ce que je veux) et d’insécurité (je ne sais pas ce qui est attendu de moi).
Le docteur Lamontagne confirme l’importance des règles de conduite pour un enfant :
« …nous savons tous que les enfants ont besoin qu’on leur donne des limites. Ils ont besoin de savoir clairement jusqu’où ils peuvent aller avant que leur comportement ne devienne inacceptable. Ceci s’applique d’ailleurs à toutes les relations humaines. Trop de parents oublient que l’enfant apprend à maîtriser son environnement en apprenant à obéir à des règles précises.[1] »
Les règles de conduite ou la discipline favorisent un sentiment de sécurité chez l’enfant. En famille et en société, les règles traduisent des valeurs et une façon de vivre. Malheureusement, de nombreux parents confondent règles de conduite et ordres. Ils pensent qu’imposer des limites signifie automatiquement l’obéissance et la désobéissance comme un manque de respect à leur égard. Ces parents confondent « autorité » et « autoritarisme ».
L’autoritarisme vise une obéissance aveugle de l’enfant, sans avoir à se justifier. L’autorité ne doit pas avoir pour but premier d’assurer le bien-être du parent, mais plutôt de protéger l’enfant, de le sécuriser et d’en prendre soin. Elle a une triple finalité : d’abord, prévenir et arrêter les comportements inacceptables pour l’enfant et pour les autres, ensuite, lui transmettre des valeurs et enfin lui apprendre ses responsabilités. Une règle de conduite est une modalité éducative qui vise ces trois objectifs. Les règles de conduite doivent être établies en fonction de l’âge de l’enfant et tenir compte de ses besoins et de son niveau de développement. Imposer une limite ou une règle de conduite, c’est en même temps prévoir que l’enfant peut la transgresser. Cela fait partie de l’éducation. Pour prévenir des écarts de conduite et faire acquérir à l’enfant une conscience morale et le sens des responsabilités, les règles de conduite doivent comporter les caractéristiques suivantes.
Des règles claires
Les règles doivent être claires, elles doivent véhiculer des valeurs éducatives facilement compréhensibles par les enfants (respect de soi, des autres, de l’environnement). Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises valeurs. Tout dépend de notre morale et de nos choix éthiques : respect, honnêteté, responsabilité, fiabilité, engagement. Ce sont des valeurs que les parents ont choisies et qui donnent un sens à leur vie. Ils doivent avoir ce souci de transmettre à l’enfant des valeurs autant que de satisfaire ses besoins de développement. Il est essentiel que les parents établissent les principales valeurs qu’ils veulent transmettre, tout en éliminant celles qui sont moins importantes.
Des règles concrètes
La formulation des règles doit exprimer les comportements souhaités, sans ambiguïté et sans fausse interprétation. Pour se sentir en sécurité, l’enfant doit savoir exactement ce qu’on attend de lui. Il faut éviter le plus possible les « ne pas ». Par exemple au lieu de dire « Ne cours pas », il est plus concret et plus profitable de dire « Marche ». En général, les enfants qui ont trop entendu de « ne pas » sont immunisés par rapport aux interdictions. Ils ne les entendent plus.
Des règles constantes
L’application des règles ne doit pas varier au gré de l’humeur du parent. La constance est synonyme de fermeté. Les parents et les éducateurs ont souvent du mal à faire preuve de constance, car, comme tout être humain, ils vivent des stress et connaissent des changements d’humeur. Pour favoriser la constance, il est important de n’avoir qu’un nombre réduit de règles à faire respecter, car en général, les enfants de 6 à 12 ans ne peuvent intégrer et appliquer que 5 règles à la fois. La constance et la fermeté prennent un sens constructif quand l’adulte garde à l’esprit les valeurs qu’il veut transmettre.
Il y a un principe éducatif à retenir : la constance dans l’application des règles aide beaucoup plus les enfants à intégrer des valeurs que le degré de sévérité des punitions.
De plus fermeté n’est pas synonyme de fermeture ou de rigidité.
Des règles cohérentes
Transmettre des valeurs à un enfant, cela se fait essentiellement de deux façons : par des règles de conduite et par l’exemple. L’enfant est très sensible aux contradictions, surtout quand il a commencé à développer un jugement logique et critique qui lui permet de constater le manque de cohérence entre les paroles de l’adulte et son comportement.  La transmission des valeurs se fait dans une relation que l’enfant tisse avec l’adulte, faite d’attachement et de respect. Encore faut-il que l’adulte soit authentique et sincère pour promouvoir ces valeurs. La cohérence entre valeurs prônées et comportements prend la forme d’un témoignage qui inspire sécurité et confiance.
Des règles conséquentes
Les enfants ont tous, à des degrés divers, une propension à transgresser les règles. L’enfant doit apprendre à en assumer les conséquences si l’on veut qu’il assume ses responsabilités.
Cette prise de conscience doit se faire de manière logique et naturelle (un enfant renverse un verre de lait, alors il doit essuyer le dégât), ou se faire par réparation. Le geste de réparation doit être étroitement lié à l’acte reproché. Cette dernière est logiquement liée à l’acte, ce qui n’est pas le cas pour une punition. La punition est essentiellement un conditionnement par aversion.
Plusieurs parents croient que l’acquisition du sens des responsabilités et de l’autodiscipline ne se fait qu’avec des punitions. Ce sont des tenants du conditionnement qui rendent les enfants dépendants du contrôle extérieur. Ce n’est certainement pas une attitude favorisant la responsabilité personnelle. Contrairement à la punition, la conséquence pour réparation permet aux enfants de corriger leurs erreurs. Ils peuvent ainsi apprendre de nouveaux comportements qu’ils appliqueront ensuite dans d’autres situations.
En général, les enfants sont très sensibilisés à leurs droits et à leurs libertés, mais très peu à leurs responsabilités et à leurs devoirs. Or, c’est par la réparation que l’enfant saisit les liens entre ses paroles et ses gestes, et leurs conséquences sur une autre personne ou sur l’environnement.



[1] Y. LAMONTAGNE, Être parent dans un monde de fous, Laval : Editions Guy Saint-Jean, 1997.
08 Août 2010

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