Établir une distance
19 Juin 2010
Pour jouer son rôle de parent, il faut établir une certaine distance avec l’enfant. Celui-ci, au cours de son développement, cherche à s’affirmer en s’éloignant des adultes qui comptent le plus. Cela est normal. Ainsi, il est important que les parents et les enfants soient proches affectivement, mais il est tout aussi important qu’ils soient suffisamment distants.
Depuis plusieurs années, nous observons un phénomène de nivellement des générations qui réduit la force de l’autorité parentale. « Certains parents ont aujourd’hui à niveler leurs rapports avec leurs enfants, et cela est particulièrement manifeste dans les familles où la séparation a entraîné la « quasi-perte » de l’un des deux parents (généralement du père). Dans les foyers où la charge de l’enfant revient en totalité ou presque à l’un des parents, nous observons une tendance à traiter l’enfant d’égal à égal et à chercher à compenser l’absence de l’autre, en faisant tout pour éviter les conflits. On nie ainsi le rapport d’autorité, qui est pourtant normal, sain et sécurisant pour l’enfant parce qu’il établit clairement les attentes et les limites. Les parents d’aujourd’hui constituent en effet la première génération à subir ces transformations observées dans la famille et qui en vit les conséquences ; d’où vient souvent ce nivellement du rapport parents-enfants. Les enfants ont autant besoin de parents qui assument leur rôle qu’ils ont besoin d’amis et, en ce sens, ils ne retirent aucun profit de la confusion semée par la relation ami-ami qui se dessine parfois dans les rapports parents-enfants.[1] » Ainsi, trop de parents se comportent avec leurs enfants comme s’il n’y avait pas de différences de génération entre eux. Les valeurs de notre société s’appuient beaucoup sur le principe d’égalité entre les personnes. L’enfant a des droits et doit être respecté. Néanmoins, l’égalité ne doit pas exister dans une famille, car les parents seraient alors privés de toute autorité morale sur leurs enfants. Il ne peut y avoir d’égalité, car les enfants doivent être la priorité de la famille et que les parents en sont responsables.
Certains parents assimilent l’autorité à de l’abus de pouvoir. Ils confondent « autorité » et « autoritarisme ». Françoise Dolto : « Quand qqn exerce son autorité uniquement pour prouver qu’il a du pouvoir, on appelle ça de l’autoritarisme. Il y a toujours un peu d’impuissance dans l’autoritarisme, alors que l’autorité véritable révèle une vraie puissance.[2] »
Le mot « autorité » vient du latin « auctor », qui veut dire « auteur » et « celui qui se porte garant ». Cette définition ne lui donne pas un sens de contrainte, mais plutôt la responsabilité de faire évoluer l’enfant pour qu’il devienne autonome et responsable.
Les propos des parents dépassés ont une teneur de pessimisme et de fatalisme. Ils ont tendance à être passifs et dépendants de nous réclamant souvent qu’on leur fournisse des recettes miracles pour éduquer et discipliner leurs enfants. Ces parents se comportent comme s’ils étaient victimes d’obligations et de situations qu’ils subissent, en dehors de leur contrôle.
Nous avons de l’empathie pour ces parents, mais il faut éviter d’alimenter leur dépendance si l’on veut les aider réellement. Ils ont surtout besoin que l’on nourrisse l’espoir en misant sur leurs capacités éducatives et sur la résolution des problèmes éducatifs. Notre première tâche consiste donc à les rendre conscients de leurs forces et de leurs compétences en réactivant le souvenir de leurs succès passés. Rares sont les parents qui ne manifestent pas un minimum de compétences parentales. Plusieurs se sentent peu compétents par le fait qu’ils ne se sentent pas conscients de leurs capacités. Nous cherchons donc, simplement, à les guider dans l’acquisition de leur sentiment de compétence parentale afin qu’ils s’appuient sur ce sentiment pour se prendre en main.
[1] M.-C. BELIVEAU, Op. cit. p. 66
[2] F. DOLTO, Les chemins de l’éducation, Paris : Editions Gallimard, 1994
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire