L’influence des amis
31 Mai 2010
Par nature, l’humain est social et grégaire. Il a besoin d’appartenir à un groupe, de se relier à autrui, de sentir qu’il est lié à un réseau relationnel L’enfant ne fait pas exception et son besoin de faire partie d’un groupe augmente au fur et à mesure qu’il grandit.
En général, quand les petits sont d’âge préscolaire, les parents ont plus d’influence que les amis. Puis petit à petit, la tendance s’inverse. A mesure que les enfants se socialisent, l’influence qu’ont leurs parents sur eux régresse. Toutefois, si ces derniers ont été présents dans leurs responsabilités éducatives, leur héritage parental restera toujours vivant.
Être reconnu par les autres nous permet d’exister.
Pour bien vivre avec les autres, l’enfant doit se conformer à certaines normes et règles imposées par les adultes et ses camarades. Il doit se dégager de son égocentrisme et du principe de plaisir pour développer une conscience sociale. Tout être humain a un besoin inné d’être aimé. Il est tout à fait naturel que le besoin d’attachement de l’enfant se satisfasse avec les personnes qui lui procurent des soins, en l’occurrence ses parents. Les enfants qui sont bien attachés à leurs parents cherchent à s’identifier à eux et ils se sentent valorisés lorsqu’on remarque des points communs ou des ressemblances avec eux. Toutefois, quand, pour toutes sortes de raisons (dont la négligence), l’enfant n’a pas été investi par ses parents comme il en avait besoin, il se tourne vers d’autres adultes ou des amis pour combler son vide affectif.
Même si l’enfant est lié à ses parents, son désir d’être aimé, estimé et accepté se manifeste également avec ses camarades :
· Tendance à imiter les autres, surtout ceux que l’enfant admire ou valorise.
· Désir d’être semblable à ceux qu’il aime et respecte.
· Désir d’éviter à tout prix d’être rejeté.
Il est normal que l’enfant éprouve le désir d’appartenir à un groupe d’amis. Sa dépendance affective à l’égard de l’adulte diminue au profit de la dépendance sociale à l’égard de ses amis. Pour l’enfant, être aimé par les camarades qu’il estime a plus d’influence sur l’estime qu’il a de lui-même que de bien réussir à l’école ou dans les sports.
Les interactions avec les autres enfants sont nécessaires pour que l’enfant s’évalue bien dans un groupe. Ses camarades lui servent à la fois de miroirs et de modèles. Il acquiert plusieurs comportements grâce à l’observation et à l’imitation des autres. L’enfant compare ce qu’il réussit avec ce que les autres réussissent, et il en vient à évaluer ses habiletés, ses forces, ses difficultés et ses limites.
Dans le processus de socialisation, il est normal de voir apparaître peu à peu cette distance de l’enfant à l’égard de ses parents et au profit des amis. Toutefois, dans notre société moderne, on n’encourage pas assez nos enfants à se développer selon leur besoin naturel d’attachement à leurs parents. A cause des contraintes financières et par le fait que les milieux du travail sont peu adaptés aux réalités des familles, les parents sont de plus en plus privés d’une part de leurs responsabilités parentales au profit de groupes ou de milieux extérieurs.
En effet, une proportion d’enfants de plus en plus grande est placée dans des groupes dès leur plus jeune âge. Ils vivent la majeure partie de leur journée en compagnie d’autres enfants. Ils ont ainsi plus de contacts entre eux qu’avec les adultes qui leur sont proches.
Tout se passe comme sir la société, en particulier les milieux d’éducation, avaient pris en charge une bonne partie des responsabilités parentales en négligeant l’importance du lien des enfants avec leurs parents. Dans ce contexte, beaucoup d’enfants puisent leur principale ration affective dans leurs relations avec leurs copains. Conséquemment, ils se distancient de leurs parents.
La vie affective et relationnelle ne tolère pas le manque ou le vide. Comme le principe des vases communiquant. A cause d’un manque de présence continue et chaleureuse des parents et des adultes de l’entourage, que ce soit pour des raisons financières, d’organisation ou de négligence, les enfants se retrouvent souvent obligés de tisser des liens avec leurs camarades.
L’autorité des parents ne se résume pas à des techniques, elle découle des liens qui les unissent à leurs enfants. « Les parents se plaignent souvent des comportements oppositionnels et impolis de leurs enfants, mais rares sont ceux qui se rendent compte que leurs enfants ont cessé de chercher auprès d’eux consolation, réconfort et assistance. Ils s’inquiètent de voir leurs enfants refuser de répondre positivement à des requêtes raisonnables, mais ils ne semblent pas s’apercevoir que ceux-ci ne recherchent plus leur affection, leur approbation ou leur appréciation. Ils ne remarquent pas que leurs enfants se tournent vers leurs pairs pour trouver soutien, amour, connexion et appartenance.[1] »
Ainsi beaucoup de parents semblent avoir perdu l’influence nécessaire pour motiver leurs enfants, pour mériter leur respect et faire appel à leur bonne volonté. Sans cette influence, les parents sont tentés de les réprimer ou de les forcer. La coercition peut facilement devenir de l’agression.
Ainsi, beaucoup de jeunes, particulièrement durant l’adolescence, priorisent leurs relations avec leurs amis à cause d’un manque de présence des adultes de l’entourage, d’un fossé qui s’est creusé entre les parents et les enfants. Toutefois, un parent responsable doit être vigilant quand il constate que les amis ont de l’influence sur le comportement de son enfant. Il doit lui donner de la liberté… surveillée. Le parent responsable, qui est présent et qui a de l’empathie, doit aussi influencer son enfant sur les valeurs à choisir et les règles à respecter. Il doit être conscient que les relations avec les amis ne sont pas guidées par l’amour inconditionnel et l’acceptation.
Malheureusement, certains parents manquent de disponibilité ou sont naïfs et font confiance aveuglément aux amis de leur enfant, même s’ils ne les connaissent pas. Ils confient totalement la responsabilité de la surveillance aux enseignants et aux éducateurs.
« …toute personne à qui un enfant est attaché peut devenir sa boussole, même si cet attachement est inconstant. La fonction d’orientation, d’une importance cruciale, peut aussi échoir à des personnes inaptes à remplir cette tâche – les compagnons d’un enfant, par exemple. Lorsqu’un enfant devient tellement attaché à ses compagnons qu’il préfère les fréquenter et leur ressembler, ces compagnons, seuls ou en groupe, deviennent sa boussole. Comme il ne s’oriente pas encore lui-même, il cherche auprès de ces derniers l’intimité dont il a besoin ainsi que les signaux lui indiquant une façon d’agir, de se vêtir, de parler… Ses compagnons deviennent ainsi les arbitres de ce qui est bien, de ce qui est important, de ce qui doit se passer, et même de la manière avec laquelle il se définit.[2] »
C’est là une influence redoutable, parce que les amis des enfants ne sont pas assez mûrs pour que ces derniers en dépendent.
Plusieurs chercheurs ont établi une relation directe entre l’augmentation des comportements violents chez les jeunes et une diminution de la transmission de valeurs de la part des adultes. Ils constatent que l’écart entre la culture des jeunes et celle des adultes s’accompagne d’une augmentation de la violence et de la délinquance chez les jeunes.
On entend souvent dire que les émissions télévisées incitent les jeunes à la violence. Toutefois, ce n’est pas tellement le contenu des émissions télévisées qui perturbe un enfant, qui l’incite à commettre des gestes agressifs et qui le rend inadapté, c’est plutôt la négligence parentale, une faible estime de soi et un manque de discipline. C’est la violence dans son environnement qui incite l’enfant à commettre des gestes violents, surtout si les scènes télévisées reproduisent des situations qu’il a vécues dans son milieu.
[1] G. NEUFELD et G. MATÉ, Retrouver son rôle de parent. Montréal : Éditions de l’Homme, 2005
[2] Ibid.
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