Re-création
Stephen Covey, dans son livre «Les 7 habitudes de ceux qui réussissent tout ce qu’ils entreprennent[1]» raconte l’histoire suivante:
«Imaginez que vous vous promenez dans une forêt. Vous rencontrez quelqu’un qui s’affaire autour d’un arbre:
- Que faites-vous? lui demandez-vous.
- Vous ne voyez pas que je scie un arbre!
- Mais, vous avez l’air épuisé. Depuis combien d’heures travaillez-vous?
- Plus de cinq heures et je n’en peux plus. Ce n’est pas un travail de tout repos
- Pourquoi ne prendriez-vous pas une petite pause. Vous pourriez aiguiser votre scie. Je suis sûr que vous iriez plus vite ensuite.
- Je n’ai pas le temps de m’arrêter. Je suis bien trop occupé à scier.»
Nous avons trop souvent peur de perdre notre temps lorsque nous ne faisons rien. Mais c’est bien de récréation, ou de re-création, que nous parlons. Quand nous nous reposons, Dieu nous re-crée.
Nous avons besoin de renouvellement sur plusieurs plans, que ce soit social (se retrouver seul quelques jours), psychologique (sortir de la pression), physique (après une activité intense ou une période de courtes nuits) ou intellectuel. Ces temps de repos sont certes nécessaires pour «aiguiser notre scie» et nous rendre plus efficaces dans nos tâches, mais ils sont en fait bien plus que cela.
Dans le projet de Dieu, est-ce que les loisirs ne servent qu’à améliorer notre productivité? Est-ce que le repos et la détente sont des valets au service du travail? Réfléchissons quelques instants au rôle de ces deux dimensions:
L’objectif du travail est de promouvoir le royaume de Dieu. L’objectif des loisirs est de jouir de la présence du royaume de Dieu. L’équilibre se trouve lorsque notre travail profite à nos loisirs et nos loisirs profitent à notre travail.
Nous devons apprendre la connexion en travail et repos. Dieu n’est pas un esclavagiste. Dans Matthieu 11:28-30, Jésus dit: «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.»
Ainsi les loisirs ne sont pas uniquement utilitaires (dans le sens où ils servent à récupérer notre énergie pour pouvoir à nouveau travailler correctement), mais ils ont du sens en eux-mêmes. Dans notre culture occidentale axée sur la performance, notre éthique de travail protestante basée sur l’excellence, ainsi que dans notre vision d’un Dieu sérieux et austère, nous avons perdu le sens biblique du repos et des loisirs.
Une vision biblique des loisirs
Il y a trois grands axes bibliques qui vont nous aider à développer une théologie et une spiritualité des loisirs. Ces grandes lignes nous aideront à réaliser que les loisirs ne nous détournent pas de notre vocation, mais qu’ils y participent pleinement.
· Le mandat de jouir de la création divine. Nous nous sommes malheureusement parfois trop concentrés sur la dimension «règne» du mandat créationnel (Genèse 1:28) et avons négligé les implications du Seigneur jouissant de sa création (Genèse 1:31). La volonté de Dieu est que la race humaine se développe, mais il faudra plus que du travail pour cela; apprendre à jouir de la création, du fruit de son travail, à célébrer sont aussi des aspects que nous devons apprendre. En fait, le jeu peut nous connecter avec Dieu autant que le travail. Proverbes 8:30-31 nous parle de la Sagesse, qui représente Jésus: «Je faisais tous les jours ses délices, jouant sans cesse en sa présence, jouant sur le globe de sa terre, et trouvant mon bonheur parmi les fils de l’homme.» Et si, lorsque nous jouons, nous apprenions à intégrer le Seigneur dans ces temps de jeux et, comme Jésus, à jouer en sa présence!
· La théologie de la grâce. Les gens qui ne se confient pas dans la grâce de Dieu vont tenter de trouver leur salut et leur identité par leurs propres efforts. Sans cette compréhension, ils vont sans cesse devoir travailler pour mériter l’amour de Dieu. Le fait de ne rien faire les laisse coupables et mal à l’aise. Une mauvaise compréhension de la grâce peut aussi conduire à une vie complètement tournée vers les loisirs, et il y a certainement un danger. Tant les loisirs que le sabbat sont destinés à nous reposer, à nous restaurer. Mais le sabbat est plutôt tourné vers Dieu alors que les loisirs sont tournés vers nous-mêmes. Le sabbat est un commandement divin alors que les loisirs sont une autorisation divine. Le sabbat restaure notre esprit et tout notre être alors que les loisirs tendent à ne toucher que notre corps et notre âme.
· La théologie du temps. Dans notre monde occidental, le temps est souvent une commodité qui doit être gérée plutôt qu’un don de Dieu. Les gens pensent souvent qu’ils peuvent organiser des temps de qualité avec leur conjoint ou leurs enfants, leurs amis ou même pour eux-mêmes en les réservant dans leur agenda. Les personnalités compulsives emmènent même depuis leur travail leur tendance à tout planifier dans l’organisation de leurs vacances. Mais le temps de qualité avec Dieu, avec soi-même ou avec d’autres ne peut pas être organisé. Nous devons ré-accueillir les surprises et l’inattendu. La surprise nous relie avec un Dieu surprenant, qui seul a le loisir de faire «tout ce qu’il veut» (Psaume 115:3). Ainsi une théologie du temps nous aide à gaspiller du temps de manière sainte et à accueillir l’inattendu. Les loisirs sont un des éléments qui font de la vie une sainte aventure. Cette aventure n’est cependant pas sans tentation (comme c’est le cas pour le travail). Les loisirs nous testent.
[1] Stephen Covey, Les 7 habitudes de ceux qui réussissent tout ce qu’ils entreprennent, Editions First, p. 273
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire