Les relations: former une équipe
Lorsqu’une famille grandit dans cette dimension d’adoration, ses relations en sont fortifiées. En effet, on ne laisse pas traîner les situations de tension qui attristent le cœur de Dieu, mais on apprend à les mettre sur le tapis dans une juste attitude d’humilité et de construction. On apprend le pardon. On apprend à comprendre l’autre avant de vouloir être compris. Cela nous amène en dehors du jugement facile, à prier les uns pour les autres et à expérimenter le fait d’être une équipe.
Certaines personnes ont atteint dans leur famille une position de confort. Il n’y a pas de défis majeurs, mais les relations sont distantes. En fait, chacun trouve ce qui le passionne vraiment en dehors de sa famille. Le Seigneur nous appelle à dépasser cet individualisme et à former une équipe. «Aimez-vous les uns les autres…» Une famille unie reflète ce qui se passe au sein de la Trinité.
Cependant, comme nous sommes tous en chemin, la famille est aussi le cadre où ces relations, les plus proches et les plus intimes que nous connaissions, viennent révéler nos domaines de faiblesse et de fragilité. C’est un outil que Dieu utilise pour nous travailler et nous transformer. Quelqu’un a bien dit: «Il est facile d’être un saint quand on est seul!» Dans la famille, Dieu nous donne un cadre sécurisé dans le cadre d’une alliance pour faire ce travail de sanctification.
On parle beaucoup dans l’Eglise ces dernières années d’équipes de ministère, de travail en équipe. C’est une bonne chose. Je crois vraiment que nous entrons dans une saison où la dimension individuelle prendra moins d’importance et la dimension communautaire, la dimension «équipe», sera remise en valeur. Mais encore une fois, comment voulons vivre ces éléments en église si nous n’apprenons pas à les vivre dans notre propre famille, qui en constitue un fondement?
Les relations que nous vivons dans le cadre de notre famille nous marquent. C’est là que nous apprenons les aptitudes qui nous permettront de vivre des relations saines et profondes dans l’église et le monde qui nous entoure: apprendre à écouter, à partager, à pardonner, à gérer les conflits… Par exemple, je (Guy) n’ai jamais vu mes parents se disputer. En grandissant, je suis donc arrivé à la conclusion que les conflits ne font pas partie d’une famille normale, ou alors qu’ils sont signe de graves problèmes… Jusqu’au jour où je me suis marié! Et j’ai découvert que les conflits font partie de la vie, qu’ils sont des opportunités de grandir. Ma première réaction a été la fuite. Je me renfermais sur moi-même, je ne savais pas comment y faire face! Je n’avais pas eu de modèle, je n’y avais jamais été confronté!
La formation: la famille comme séminaire
Un auteur puritain décrivait la famille comme «le séminaire de l’église» (le terme «séminaire» pris dans son sens étymologique signifie «le lieu où l’on est ensemencé»). Quand nous parlons de formation, nous parlons de formation de disciples, car c’est ce que Jésus nous a demandé de faire. C’est le modèle qu’il nous a donné. Le discipulat est une dimension qui, par sa nature même, est accomplie au travers d’une relation sur une longue période de temps. Les disciples de Jésus ont été choisis pour être avec lui (Marc 3:14). Ils ont passé trois ans et demi avec lui, dormant, mangeant, observant, écoutant. Être un disciple consiste à vivre avec une autre personne jusqu’à ce que vous ayez appris et intégré son style de vie. «Le disciple accompli sera comme son maître» (Luc 6:40). Le discipulat inclut des enseignements, une formation sur le tas, un modèle, mais l’essence de la formation de disciples est une relation. Nous voyons plus précisément comment les choses se construisent: notre relation avec Dieu est notre fondement: Il nous apprend à être parents et époux. Nos relations horizontales découlent de cette relation verticale. Et un des fruits les plus naturels de nos relations est la formation de disciples.
Une des plus grandes difficultés de l’église actuelle est de réellement faire des disciples de ceux qui la composent. Cela n’est guère surprenant, car le modèle d’église-organisation (l’église centrée sur le bâtiment et les activités) défavorise ce genre de relations. On y préfère l’enseignement académique dans une salle disposée comme une salle de classe. Bien que ce soit un aspect valide et important, qui fait partie du processus de discipulat, il n’est pas suffisant à lui seul pour faire des disciples.
Une fois encore, le foyer semble être le contexte idéal pour cela, que ce soit avec les membres de nos propres familles ou avec des voisins, des amis proches ou des membres de la famille élargie. Remarquez combien Prisca et Aquilas ont exercé un ministère de discipulat et d’enseignement très efficace dans leur maison dans Actes 18:26. Apollos, un orateur érudit, était venu prêcher un message incomplet sur le Christ. Ce couple le prit alors chez eux, en privé, et lui expliqua le chemin du Seigneur plus précisément. Dans cet exemple, une rencontre informelle dans une maison accomplit ce que les meilleures écoles bibliques ne peuvent pas faire. Les foyers doivent à nouveau redevenir des centres de formation de disciples. Et nos enfants sont nos premiers disciples. La promesse de Dieu est là pour ceux qui suivent ses instructions: «Tous tes fils seront disciples de l’Éternel, et grande sera la postérité de tes fils» (Esaïe 54:13).
Pour le meilleur ou pour le pire, la vie familiale est inévitablement formative, tant spirituellement que physiquement et émotionnellement. Parce que nous sommes nés ou adoptés dans une famille, quelle que soit sa forme, et parce que ces familles d’origine sont le contexte principal de vie quotidienne et de relation pendant nos années les plus formatives, il semble raisonnable de conclure que notre famille d’origine est notre premier lieu de formation spirituelle. Pour le meilleur ou pour le pire, que ce soit intentionnellement ou par hasard, c’est à l’intérieur de cette famille que, en tant qu’enfants, nos cœurs et nos esprits sont fondamentalement formés. Nous y développons un sentiment d’identité et un héritage; nous y apprenons des schémas de relations intimes avec les autres; nous y travaillons nos valeurs, nos idéaux et nos habitudes, jour après jour, année après année.[1]
La question n’est pas de savoir si les parents devraient avoir un tel effet formateur sur leurs enfants (bien que nous croyons que le pouvoir important d’influence des parents sur leurs enfants fait partie du plan de Dieu). Tout comme la force de gravité attire les objets vers le sol, qu’ils le veuillent ou non, ainsi les familles ont une influence incomparable sur le développement de la vie et du caractère de leurs enfants.
15 Avril 2008
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