lundi 22 août 2011

Incarnation: Chapitre 6 - Être l'église dans sa famille (5ème partie)

L’autorité: savoir poser un cadre
En tant que parents, les premières personnes envers qui nous sommes appelés à exercer l’autorité sont bien sûr nos enfants. C’est dans l’essence même de notre responsabilité. Notre but est d’éduquer et d’élever nos enfants jusqu’à ce qu’ils deviennent suffisamment mûrs pour exercer à leur tour une saine autorité. En fait, plus le sens des responsabilités de nos enfants augmentera, plus l’exercice de notre autorité diminuera. Quand ils sont petits, nous les conduisons par notre autorité, et quand ils grandissent, nous les conduisons de plus en plus par notre influence. Nous ne devenons pas pour autant les seigneurs tout-puissants de nos foyers. Au contraire, nous sommes appelés à un règne de service comme Jésus a été un roi serviteur.
En fait l’autorité doit d’abord s’exercer dans notre propre vie. Si je ne suis pas maître de moi-même, si je ne sais pas me prendre en main et assumer mes propres responsabilités, il y a bien des chances que j’aie des difficultés à le vivre sainement avec mes enfants. Le principe est toujours celui du jardin que Dieu confie à l’homme pour le cultiver et le garder, et dans lequel nous sommes appelés à régner. Si notre jardin premier, notre propre vie, a des brèches, que l’ennemi peut s’y infiltrer et nous voler à sa guise, le fondement de notre autorité dans notre foyer est déjà vacillant.
Poser un cadre, c’est créer les conditions pour que les membres de notre famille se développent sainement et grandissent dans leur potentiel. En fait, mettre en place une discipline appropriée est un acte d’amour. C’est une prévention pour une future relation d’aide. Les adultes sont comme de vieux arbres tordus. On doit essayer de les redresser sans les casser, ce qui n’est parfois pas simple. Par contre, quand un jeune arbre commence à se tordre, on peut le redresser facilement, poser un tuteur.
Bien que David ait été un grand roi, il a négligé cet aspect de poser un cadre à son fils, Adoniya, dans son éducation: «Jamais, sa vie durant, son père ne lui avait fait un reproche, ou ne lui avait dit: Pourquoi agis-tu ainsi?» (1 Rois 1:6). Le mot hébreu pour «faire un reproche» signifie «déplaire ou vexer». Eli est un autre exemple: «Et d’où vient que tu honores tes fils plus que moi, afin de vous engraisser des prémices de toutes les offrandes d’Israël, mon peuple?» (1 Samuel 2:29) «Je lui ai déclaré que je veux punir sa maison à perpétuité, à cause du crime dont il a connaissance, et par lequel ses fils se sont rendus méprisables, sans qu’il les ait réprimés» (1 Samuel 3:13). Ces versets nous ont fortement interpellés: en ne disciplinant pas nos enfants, nous les honorons plus que Dieu! Et il y a des conséquences à cela.

L’évangélisation: devenir source de bénédiction
Dans l’appel qu’il lance à Abraham, Dieu lui fait (ainsi qu’à sa future famille) une double promesse: «Je te bénirai… et toutes les familles de la terre seront bénies au-travers de toi» (Genèse 12). Il en va de même pour chacune de nos familles. Oui, Dieu veut nous bénir. La plupart des familles que je connais le désirent. Mais qui forme les familles pour qu’elles deviennent des sources de bénédiction, qu’elles soient tournées vers l’extérieur et se mettent au service du Royaume?
Je ne parle pas uniquement d’un ministère actif sur le terrain et du reste de la famille qui le libère, ou qui en supporte les conséquences négatives. Je parle de familles qui servent ensemble. Pas forcément toutes à la même place, mais dans une vision commune où la place de chacun est valorisée, exprimée et encouragée.
Certains le vivront en servant en famille dans des événements, en participant en famille à des voyages missionnaires ou en accueillant des enfants défavorisés pendant les vacances. En fait, l’hospitalité est une des armes les plus puissantes que le Seigneur ait donné à son église pour étendre son Royaume. Et l’hospitalité consiste justement à ouvrir nos familles pour accueillir l’étranger.
Comme l’a écrit Rodney Clapp, «pour être saine, la famille a besoin d’une mission ou d’un dessein qui la dépasse.[1]» De même, Stephen Covey ajoute: «L’épanouissement, c’est quand la famille commence à s’investir dans un projet étranger à elle-même. Elle ne se contente pas d’avoir connu le succès, elle a un sens de ses responsabilités envers l’extérieur.[2]»

Pas que pour les «familles parfaites»
Tout en développant ces aspects, je ne veux pas donner l’impression qu’il faut être une famille parfaite pour se mettre au service de Dieu. Nos églises sont composées de toutes sortes de familles, et Dieu a un appel pour chacune d’elles.
Les familles monoparentales représentent un pourcentage de plus en plus élevé. Il ne s’agit pas de faire peser sur elles une pression ou une attente qu’elles puissent vivre chacun de ces éléments. Ces familles ont besoin de l’église et de la communauté plus large. Comme l’église primitive avait un ministère tout particulier envers les veuves et les orphelins, nous pouvons encourager tout particulièrement ces familles, qui représentent les veuves et les orphelins d’aujourd’hui! Être incarné c’est aussi se mettre à leur service, à leur disposition. Comme nous le rappelle Jacques 1:27, «la religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions…»
Il en va de même pour les familles où un seul conjoint est chrétien. Ces familles sont des champs de mission dans lesquelles le Seigneur a établi une tête de pont. Mais le conjoint chrétien a souvent besoin de beaucoup de prière et d’encouragements de la part de sa famille plus large, l’église locale.
Je veux aussi parler des célibataires, qui constituent eux aussi une maison, qui ont leurs propres défis et leur propre potentiel. Certains le sont par choix et par vocation, d’autres subissent leur célibat comme une souffrance, suite à un échec, un deuil ou simplement parce qu’aucune occasion  ne s’est présentée.
Il y a donc toutes sortes de familles, ou de maisons. Quelle que soit la forme de la nôtre, nous sommes appelés à y vivre l’Evangile pleinement et à intégrer Jésus dans notre quotidien. C’est là un réel défi. Mais alors que nous le relevons, Dieu va faire des nous des personnes intègres, qui cherchent à vivre ce qu’ils croient dans chaque aspect de leur vie et à inviter Jésus même dans les situations où il n’y a pas toute une assemblée pour les voir vivre.

En conclusion
Le foyer a toujours été le fondement et le centre de la religion dans le monde. La communion de Dieu avec l’homme dans le jardin était avec un couple. Noé et les patriarches ont bâti des autels pour conduire leurs familles dans l’adoration du Seigneur. Israël est une immense famille. Dans le Nouveau Testament, nous voyons à plusieurs reprises des foyers entiers venir à Christ et être baptisés, et l’église primitive se rencontrait le plus souvent dans les maisons des familles chrétiennes.
A travers l’histoire, le foyer a été le berceau de la foi pour chaque nouvelle génération. Les pères, avec l’aide de leur épouse, ont été établis par Dieu pour être les enseignants de leurs enfants; et le programme principal utilisé pour cette tâche a toujours été la Parole et les œuvres du Seigneur.
A cause de la grande quantité de temps que nous y passons et de l’intensité des relations que nous y vivons, la famille est le principal lieu où nous pouvons vivre la vie et la foi chrétienne. Nous y faisons l’expérience du péché, des blessures, du pardon, de la réconciliation et de la guérison à maintes et maintes reprises. Dans le foyer, l’ignorant est instruit, le rebelle discipliné, le repentant restauré, l’affamé nourri, celui qui est nu habillé, le malade soigné. Le foyer familial est un lieu où «deux ou trois sont rassemblés» au nom de Jésus. Christ y est présent, au sein de la plus petite communauté des saints. Les chrétiens du passé ont justement appelé la famille «la première forme d’église sur la terre». 
Les familles chrétiennes d’aujourd’hui doivent retrouver la vision biblique de leur appel. Le foyer est un lieu d’adoration, d’enseignement et de ministère. C’est le premier agent pour faire des disciples, le creuset dans lequel un caractère semblable à Christ est développé, génération après génération. C’est le centre vital duquel le reste de la vie découle.[3] 
Le fait de pouvoir voir la famille comme un lieu où l’on peut vivre l’église est essentiel à la santé et à la prolifération du Royaume. Nous devons cesser de sacrifier nos familles sur l’autel du ministère ou de la carrière professionnelle et commencer à les voir comme notre ministère premier. Ensuite, en famille, nous pouvons investir pour le Royaume et son expansion. On ne peut donner ce que l’on n’a pas reçu. Alors que les familles commencent à refléter l’amour et la compassion de Christ et à le vivre, elles seront capables de croître ensemble vers la maturité et de rejoindre les blessés de la vie que Dieu aura placés dans leur sphère d’influence.[4]



[1] Rodney Clapp, Dépassée? Resituer la famille dans la société et dans l’église, 2001, Editions Farel, pp. 190-191
[2] Stephen Covey, Les 7 habitudes des familles épanouies, 1998, Editions First, p. 399
[3] The family-based church, http://www.patriarch.com/church1.html
[4] Mike Steele, Running from true relationships,  www.house2house.tv/index.pl/ 00047
26 Avril 2008

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