lundi 22 août 2011

Incarnation: Chapitre 6 - Être l'église dans sa famille (2ème partie)

Faites de toutes les familles des disciples
En commençant à prêcher sur la vision de Dieu pour la famille dans le monde francophone, nous avons été confrontés à deux états d’esprit.
Le premier est un esprit de résignation, un esprit désabusé. Les gens n’y croient plus. Leur vie de famille ressemble plus à une survie, à des années lumières des promesses de Dieu, mais ils s’en accommodent et essaient de faire avec.
Nous avons rencontré le second la première fois que nous prêchions sur ce thème en France. A la fin du message, nous n’avons eu aucune réaction. A part peut-être un silence un peu gêné. Finalement, juste avant notre départ, une personne est venue vers nous et nous a confié: «Vous savez, depuis quinze ans que notre église existe, c’est la première fois que ce thème est abordé le dimanche matin. Nous ne parlons jamais de ces choses, elles font partie de la vie privée.» Elles font partie de la vie privée! Nous aurions pu prêcher sur l’adultère, le mensonge ou n’importe quel péché qu’on ne nous aurait pas fait ce reproche! L’impression que nous avons ressentie était: «Touche pas à mon jardin!» Comme si c’était le dernier bastion dans lequel on pouvait encore être soi-même (donc charnels…) et devant lequel on n’allait pas capituler si facilement!
Bien sûr, je ne nie pas le fait que la famille est souvent le lieu où nous vivons nos plus grandes souffrances. Combien de blessés, de maltraités, d’abandonnés, de trahis, de déçus… La famille est le lieu où nous vivons nos plus grandes joies, nos souvenirs les plus marquants. C’est aussi celui où nous vivons nos plus cruelles désillusions. Cependant, Jésus nous a commandé de faire de toutes les nations des disciples. Quel rapport? me direz-vous.
Le rapport est simple: pour faire d’une nation un disciple du Seigneur, il faut la prendre un individu après l’autre, puis un couple après l’autre, puis une famille après l’autre. On travaille ensuite dans les relations interfamiliales, dans les communautés, dans les sphères de la société. La famille joue donc un rôle très important dans ce processus. Pourtant, en circulant dans de nombreuses églises, nous réalisons que la plupart des enseignements donnés touchent à l’individu, puis à l’église.

Notre famille, un temple
Dans «Une vision pour la famille», écrit avec mon épouse Joële, nous décrivons le fait que le Seigneur bâtit sa maison dans quatre dimensions:
1.    L’individu, temple du Saint-Esprit. Nous sommes une habitation dans laquelle Dieu désire venir habiter en Esprit (1 Corinthiens 6:19).
2.  La famille, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau. La «famille», dans l’Ancien Testament, est une «maison» (bayit) et «fonder une famille» se dit «construire une maison» (banâh bayit).[1] Dans le Nouveau Testament, on nous parle de Lydie, de Corneille, du geôlier de Philippe avec ceux de leur maison (oikos).
3.    L’Eglise, constituée des pierres vivantes que sont chaque croyant. Elle n’est pas le pendant du temple de l’Ancien Testament, maison physique, que Jésus a purifié en le déclarant «maison de prière pour toutes les nations». 1 Pierre 2:5 nous dit: «…et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle…» Il s’agit donc d’une maison spirituelle dont chaque croyant constitue un des éléments de construction, Jésus étant la pierre angulaire et le fondement sur lequel repose la maison. «En lui tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur» (Ephésiens 2:21).
4.     La nation, comme par exemple la «maison d’Israël». Le projet de Dieu est de remplir sa maison de sa gloire, comme il l’a fait avec le temple de Salomon. Bien qu’Israël ait une place particulière dans le plan de Dieu, nous voyons dans les versets suivants que le désir du Seigneur est de couvrir toute la terre de sa gloire: «Mais, je suis vivant! et la gloire de l’Éternel remplira toute la terre» (Nombres 14:21), «Alors les nations craindront le nom de l’Éternel, et tous les rois de la terre ta gloire» (Psaume 102:15), «Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent» (Habakuk 2:14).
Dans ces quatre dimensions, le Seigneur désire bâtir son temple, sa maison. «Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit: J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple» (2 Corinthiens 6:16b). Ces quatre maisons se construisent l’une sur l’autre, et chacune constitue le fondement de la suivante. Il est difficile de construire un couple, une famille, une église ou une nation solide sur des individus fragiles et/ou blessés. De même, comme nous l’avons vu, les familles constituent un fondement pour des églises et des nations solides. Cependant, nous essayons souvent de construire l’église alors que les familles et les couples sont en ruines.
Au lieu de quatre maisons, imaginons une maison à quatre étages. Que se passerait-il si, après avoir bâti un premier étage nous essayions rapidement de bâcler quelques piliers afin de nous précipiter dans la construction du troisième étage? Celui-ci finirait par s’écrouler! On ne peut construire un nouvel étage que si l’étage précédent est solidement posé.
Ainsi nos églises sont-elles souvent fragiles, car nous essayons de bâtir directement du niveau 1 au niveau 3, en négligeant le niveau 2. Ou alors, nous ne voyons le niveau 2 que comme un aspect pastoral, qui est une extension ou un secteur de l’église plutôt qu’un de ses fondements.


[1] Ronald Bergey, L’alliance et la famille au travers de l’Ancien Testament,  La Revue Réformée N° 220, TOME LIII, Novembre 2002,  www.unpoissondansle.net
01 Avril 2008

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