Devenir quelqu’un : tout un contrat !
Pour parvenir à l’âge adulte, l’ado doit apprendre :
· A accepter son corps disproportionné et boutonneux ainsi que ses déséquilibres affectifs.
· A se faire accepter par les autres ados, à s’affirmer face à eux, à se débrouiller avec la pression sociale.
· A développer son jugement personnel.
· A dire ce qu’il pense.
· A faire usage de sa liberté nouvelle.
· A devenir une femme ou un homme sexué avec tout ce que cela comporte comme apprentissage, incluant l’identification de son orientation sexuelle.
· A vivre l’intimité dans ses relations.
· A chercher le sens de son existence, à se fixer des buts, à s’interroger sur ce qu’il veut faire pour gagner sa vie, bref à devenir autonome.
Cette énumération, bien qu’incomplète, permet de mesurer l’ampleur du chantier. On peut les regrouper sous trois notions-clés : recherche d’identité, socialisation et quête d’autonomie.
Recherche d’identité (Qui suis-je ?) De loin, c’est le processus qui caractérise le plus l’adolescence. Crise d’identité ou interrogation profonde. Pas nécessaire qu’il y ait crise pour que le processus réussisse. Remise en cause de sa propre identité par le jeune lui-même ; cheminement au cours duquel l’ado doit faire plusieurs deuils quant aux images de toute puissance qu’il a eues de ses parents et quant à sa propre image ; deuil aussi de son enfance et de ses anciennes certitudes. Processus de séparation et d’individualisation qu’il vit à l’égard de son entourage.
Interrogations fondamentales : Qui suis-je ? Que fais-je ? Qu’est-ce que je veux ? Avec qui est-ce que je veux faire des choses et au nom de quoi ?
Il s’interroge sur l’amour, la souffrance, la mort, l’amitié, la sexualité, le mariage, le divorce, la contraception, l’avortement, le plaisir, la drogue, la religion, la mondialisation, l’environnement…
Plaisir à discuter de tout et à refaire le monde.
L’ado est en évolution constante sur tous les sujets qu’il aborde. Important de ne pas paniquer si la solution qu’il trouve à une de ces questions n’est pas celle qu’on aimerait…
Une des façons de se faire sa propre idée, c’est de la tester auprès de son entourage, à commencer par ses parents, souvent en émettant une opinion-choc. Plusieurs avantages : s’affirmer, les faire réagir et, enfin, connaître leur opinion sans avoir à la demander. On se définit toujours à partir de qqn, d’un modèle auquel on adhère ou que l’on rejette, en tout ou en partie. Si l’ado n’a personne de clairement identifié à qui se frotter, il risque d’avoir beaucoup de difficultés à se définir lui-même.
Image du saute-mouton : celui qui saute doit pouvoir s’appuyer sur quelqu’un de solide pour se propulser en avant. Si la personne sur laquelle il s’appuie s’écroule, il culbute. Même chose entre parent et ado. Quand votre ado vous tend une perche pour savoir ce que vous pensez, n’hésitez pas à annoncer clairement vos couleurs. Il a besoin de cette opinion comme point d’appui pour faire la sienne.
Pour se sentir reconnu, l’ado a besoin d’être traité comme une personne intelligente. Commencez par lui demander ce qu’il/elle pense avant de lui donner votre opinion. S’il peut faire valoir la sienne et avoir le sentiment d’être vraiment compris, il sera plus disposé à connaître votre point de vue et, par le fait même, à en comprendre le bien fondé.
L’ado a surtout besoin de sentir une acceptation de votre part ; cela veut dire que vous devez lui permettre de formuler ses idées et d’exprimer ses émotions sans les juger ni les condamner parce qu’elles seraient différentes des vôtres. Acceptez qu’il puisse se tromper. Il ne sert à rien de le contredire constamment et de toujours lui démontrer qu’il est dans l’erreur. Il est en période d’apprentissage!
La tolérance constitue la première étape vers l’acceptation, et ce d’abord dans la famille.
Leurs valeurs : pas si éloignées de celles des parents
Aspect de la construction de l’identité : identifier les valeurs qui sont les plus importantes pour lui. Nos comportements reflètent nos valeurs et démontrent nos véritables choix.
Les jeunes ont besoin d’adultes qui n’ont pas peur d’affirmer les valeurs dans lesquelles ils croient et ce qui les pousse à agir dans la vie.
Les jeunes, même s’ils ne le laissent pas voir, sont très sensibles aux discours et aux exemples des adultes qui les entourent (parents, professeurs, éducateurs). S’ils critiquent ouvertement vos valeurs en votre présence, c’est tant mieux : ils sont en train de se définir, d’opter. Sachez que ces choix ne sont pas définitifs, ils évoluent avec le temps. Nombreux sont les adolescents qui adoptent finalement une bonne partie des valeurs des parents. Heureusement qu’ils ne les adoptent pas toutes. L’humanité n’aurait ni cheminé, ni progressé si les enfants avaient toujours adopté toutes les valeurs de la génération précédente.
Bien que les ados s’interrogent sur les valeurs auxquelles adhèrent leurs parents, ils ne les remettent pas toutes en question.
Selon une recherche intitulée Au-delà des apparences, les ados semblent trouver prioritaires les valeurs suivantes :
- « Non pas la liberté en elle-même, mais la liberté assortie de responsabilité personnelle (88%)
- Le respect de la dignité de chaque personne, l’action pour la justice, l’empathie.
- La liberté individuelle, le respect des droits de chacun et de chacune et la responsabilité personnelle eu égard à la paix »
Ces dernières années, toutes les enquêtes et études montrent que les jeunes croient en la famille et désirent un jour fonder la leur.
Sur le plan de la consommation et de l’accumulation de biens matériels, on retrouve une bonne proportion de jeunes qui ont adopté la société de consommation sans se poser de questions (tout comme nombre d’adultes) et qui consacrent bcp d’énergie et d’argent à l’habillement (habits de marque) et à l’achat des derniers gadgets, sources présumées de bonheur.
Rapport au temps différent : les jeunes sont davantage tournés vers l’importance de bien vivre le moment présent. Carpe Diem : primordial de ne pas remettre à plus tard des expériences qu’ils tiennent à vivre maintenant. Ex. Nbre croisant de jeunes qui prennent une année sabbatique avant même d’entrer dans le monde du travail. Pas pressés de recherche la sécurité d’un emploi et un bon nombre cherche à rester dépendant de leurs parents plus longtemps. Et quand ils cherchent un emploi, ils se préoccupent davantage de la qualité de vie au travail, quitte à avoir un salaire moins important. « Je profite de la vie maintenant ! »
Il faut donc être patient en ce qui concerne la recherche de valeurs de notre jeune. Être assuré que si on lui a proposé un standard de valeurs élevé, il en profitera toute sa vie même s’il est difficile de savoir à court terme si la semence a pris racine. Rappelons-nous que nous avons-nous-mêmes gardé les valeurs de nos parents qui nous convenaient et mis de côté les autres.
Devenir amoureux… « sans peur et sans reproche »
Dans cette recherche d’identité apparaît toute la question de l’identité sexuelle. En ce siècle, que signifie devenir un homme ou une femme ? Défis nouveaux à relever en ce qui concerne les conditions entourant sa sexualité :
· Quantité croissante de sources d’érotisation dans notre société : TV, pub, cinéma, vidéos, internet…
· Modification des valeurs par rapport à la sexualité : tolérance accrue face à la masturbation, aux relations sexuelles précoces, à l’homosexualité…
· Normalisation des moyens contraceptifs…
· Droit à l’avortement…
· Maladies sexuellement transmissibles…
· Menace de mort qui pèse maintenant sur les relations sexuelles dites non protégées…
Aujourd’hui, avant de parler aux ados des beautés et de la grandeur de l’amour, on leur parle des dangers qui y sont associés. Au lieu de relier la notion d’amour à la confiance avec qqn, on leur propose plutôt la méfiance comme moyen de se protéger. Nos vieilles recettes doivent être réexaminées avant d’être transmises à la génération suivante.
L’actualisation de la sexualité passe nécessairement aujourd’hui par la reconnaissance de son orientation sexuelle qui est « définie en fonction du sexe des personnes (hommes, femmes ou les deux) pour lesquelles nous éprouvons de l’attirance et de l’affection, tant physique qu’émotionnelle. » Pour une partie, la découverte de désirs envers des personnes du même sexe est très troublante. En tant que parent, pas à se sentir responsable de l’homosexualité de son enfant.
Les garçons et les filles ont une approche différente de la sexualité. Chez les garçons, l’instinct sexuel connaît assez rapidement une grande intensité et son désir de l’assumer l’amène à vouloir dépasser plus rapidement sa peur de l’autre sexe par des expériences orientées davantage vers le « peau à peau » que vers le « cœur à cœur ». Pour lui, le flirt n’est qu’un premier pas vers une expérience sexuelle plus complète.
Pour la fille, la sexualité a des particularités et une intensité différente. Pour elle, l’amour sentimental occupe plus de place. La quête de plaisir s’inscrit souvent dans un échange de mots tendres, de marques d’attention et de confidences. L’ado fille explore à sa manière l’univers de la séduction. Ce n’est qu’une fois apprivoisée sa capacité de plaire que la jeune fille développe d’autres types de rapports amoureux.
22 Septembre 2008
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